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CHAPITRE I POURQUOI CE LIVRE FUT-IL ËCRIT?

Lowry Heath W.*
Les Dessous Des Mémoires de L?Ambassadeur Morgenthau
 

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POURQUOI CE LIVRE FUT-IL ËCRIT?
 

Toute analyse des origines de Ambassador Morgenthau‘s Story doit être amorcée par une étude de la lettre adressée le 26 novembre 1917, par l’ambassadeur Morgenthau, à son ami et confident, le Président des États-Unis, Woodrow Wilson. Car, c’est dans cette lettre jusqu’à présent inédite, que Morgenthau exposait son idée d’écrire un livre ainsi que les objectifs qui le poussaient à le faire. Ýl joignit à son exposé un appel à la bénédiction du Président pour ce projet. Etant donné le fait que son unique dessein était de susciter l’appui du public pour l’effort de guerre des Etats-Unis, en entreprenant un travail de propagande anti-germanique et anti-turc qui “remporterait une victoire pour la politique de guerre du gouvernement”, il n’est pas étonnant que Morgenthau ait reçu la bénédiction du Président. Il développa son projet par écrit à Wilson dans les termes suivants:
 
“...Extrêmement découragé par l’importance d’une opposition déclarée, par l’énorme indifférence vis - à - vis de la guerre, ainsi que par l’absence d’enthousiasme parmi ceux qui soutiennent la guerre...

... je pense écrire un livre où je mettrai à nu, non seulement l’infiltration de l’Allemagne en Turquie et dans les Balkans, mais tout ce système tel qu’il apparaît dans chaque pays au monde. Car en Turquie, l’esprit néfaste de l’Allemagne est au pire, allant jusqu’au crime le plus horrible de tous les temps, le massacre des Arméniens et des Syriens. Ce détail particulier et la complicité de l’Allemagne, marquera sûrement les foules américaines dans les petites villes et les régions rurales du pays comme aucun autre aspect de la guerre ne peut le faire, et les convaincra de la nécessité de porter la guerre à une conclusion victorieuse...

Nous devons remporter une victoire pour la politique de guerre du gouvernement ; chaque mesure ou chaque moyen légitime doit être pris en considération pour y parvenir.”[1]

Dans son expression la plus simple, la présente étude vise à déterminer, si oui ou non, Ambassador Morgenthau’s Story, est fidèle au programme de son auteur, à savoir, utiliser “chaque moyen légitime” pour atteindre le but fixé qui est de convaincre les “masses americaines” de soutenir la guerre. Moins d’un an après la date de la lettre de Morgenthau à Wilson, le livre était publié en feuilletons mensuels dans l’une des revues les plus réputées des États-Unis, The World’s Work (tirage à120.000) ;[2] repris dans plus d’une douzaine de grands journaux du pays ayant un tirage cumulatif de 2.630.256;[3] le volume, lui-même fut lancé en fanfare par Doubleday, Page & Co.,[4] et totalisait déjà, à cette date des ventes de plusieurs milliers de copies (au 1er juillet de l’année suivante les ventes atteindront 22.234 copies).[5]

En somme, 1’objectif de Morgenthau de contribuer à l’effort de guerre des États-Unis, en écrivant un livre qui pourrait, selon ses propres mots, “marquer les foules américaines dans les petites villes et les régions rurales du pays comme aucun autre aspect de la guerre ne peut le faire”,[6] a été atteint, allant même au-delà de ses espérances. En effet, aussitôt que World’s Work eût commencé à faire paraître les feuilletons des premiers chapitres du livre en mai 1918, Morgenthau reçut une offre de Hollywood pour les droits d’un film à tirer de son “histoire”, une offre accompagnée d’une promesse de 25.000 $ pour ces droits. Après une exhaltation initiale et la rédaction d’un scénario de base du film[7], l’enthousiasme de Morgenthau au seuil d’une carrière cinématographique fut refroidi à la réception d’une deuxième lettre du président Wilson qui exprimait sa désapprobation non moins certaine dans les termes suivants:

J’apprécie que vous m’ayez consulté sur la question de savoir si le livre peut être produit au cinéma et je dois dire ouvertement que j’espère que vous n’en ferez rien... Je pense, personnellement que nous sommes déjà allés trop loin dans ce sens. Ce n’est pas seulement une question de goût. - Je ne voudrais nullement me fier à mon goût dans une affaire pareille, - mais c’est surtout une question de principe... Ýl n’y a rien d’utile qu’on puisse faire pour le moment concernant le massacre des Arméniens, par exemple et l’attitude du pays vis-à-vis de la Turquie est déjà fixée. Elle n ‘a point besoin d ‘être renforcée d’avantage.[8]

Moins d’un an auparavant, c’était l’accord de Wilson que Morgenthau avait sollicité pour lancer son projet. Et, en fait, ce n’est que lorsque Wilson l’ait agrée et eût écrit: “Je pense que vos plans pour dévoiler entièrement certains aspects des intrigues allemandes sont excellents et je souhaite que vous entrepreniez d’écrire et de publier un livre qui en parle”,[9] que Morgenthau a répondu aux approches préliminaires de Burton J. Hendrick de Doubleday, Page & Company à laquelle appartenait World ‘s Work[10] et que le projet a commencé à prendre forme.

Il n’est pas peu étonnant de voir correspondre un président des États-Unis d’Amérique et un ancien ambassadeur sur un sujet de cette nature. Mais c’était en temps de guerre et comme la correspondance Morgenthau - Wilson, l’illustre dès le début, Ambassador Morgenthau’s Story fut conçue en tant que partie intégrale du “Récit du Président Wilson”. C’était un désir d’accroître l’appui à l’effort de guerre de Wilson qui encouragea Morgenthau à écrire un travail anti-germanique et anti-turc qui convaincrait les Américains de la nécessité “de porter la guerre à une conclusion victorieuse”[11].

En d’autres termes, et comme Morgenthau l’avait projeté de prime abord, son “récit” était conçue comme une propagande de guerre c’est-à-dire une contribution à l’effort de guerre de l’Entente. C’est contre cet arrière-plan que nous tenterons de savoir comment et par qui le livre a été réellement écrit, et d’élucider le problème plus vaste de la véracité de l’histoire qu’il affirme narrer.




 

[1]La plus importante collection publique de documents sur la vie et la carrière de l’ambassadeur Henry Morgenthau (1856-1946), se trouve à la Bibliothèque du Congrès, Washington, D.C, dans la Division des Manuscrits sous le titre de : ‘Les Documents [Papers] de Henry Morgenthau”. Environ 30.000 articles sont à la disposition des chercheurs sous la forme d’une série de 41 bobines de microfilms. Dans cette étude, les références à cette collection seront fournies dans le format suivant: LC:PHM - Bobine no.- suivi, lorsque nécessaire d’une date (comme dans le cas de la correspondence). Pour le document en question, la cote est: LC:PHM - Bobine no:8-Lettre de Henry Morgenthau au Président Woodrow Wilson, 26 novembre 1917.
[2] World’s Work était une publication mensuelle, appartenant alors à “Doubleday, Page & Company”, éditeurs de New York. Commençant la publication au mois d’avril 1918, par un article de Burton J. Hendrick, intitulé “Ambassador Morgenthau’s Story - Introductory Article”, ce périodique a publié en sept fascicules des extraits du livre de Morgenthau (entre mai et novembre). Je suis redevable au Professeur Robert J. Rusnak de Rosary College dans l’Illinois pour les chiffres de tirage du World’s Work. La thèse de Doctorat du Prof. Rusnak est consacrée à l’étude de ce journal ainsi qu’à son impact.
[3]La deuxième grande collection des Documents de Morgenthau se trouve à la Bibliothèque Présidentielle Franklin Delano Roosevelt, à Hyde Park, New York, où elle fait partie de la collection intitulée:
“Les Documents de Henry Morgenthau, Jr.”, fils unique de l’Ambassadeur Morgenthau, et membre pendant plusieurs années du gouvernement de Franklin D. Roosevelt.
Cette collection est divisée en onze séries, dont les séries 8 et 10 renferment des documents relatifs à l’Ambassadeur Morgenthau. Plus précisément, les séries no 8, (le dossier Gaer), est un ensemble de références collecté par Joseph Gaer, le collaborateur de Morgenthau Jr., pour son autobiographie inédite. Dans cette série, se trouve une copie tapée à la machine de toute la correspondance entre l’Ambassadeur Morgenthau et son fils. Les documents de ces séries cités dans cette étude, apparaîtront sous la cote suivante: FDR:HMJ/Gaer - Boîte no.
La série no.10 est intitulée: “Les Documents de Henry Morgenthau, Sr.” et consiste essentiellement de lettres d’affaires et de correspondance personnelle. Citées dans cette étude, les références à cette collection apparaîtront comme: FDR: HMS - Boîte no.-.
Les chiffres des tirages des journaux qui ont publié le livre de l’Ambassadeur Morgenthau se trouvent dans une lettre de Frank Doubleday, de Doubleday, Page & Company (l’éditeur de Morgenthau), à Henry Morgenthau, Sr. du 17 octobre 1918 (FDR:HMS - Boîte no. 12). A l’origine, une liste des journaux ayant publié ces extraits était jointe à la lettre. Malheureusement cette liste est perdue ou séparée de la lettre.
Ayant travaillé dans des bibliothèques et archives de plusieurs pays, je serais ingrat si je n’exprimais pas ma gratitude et ma reconnaissance au personnel de la Bibliothèque Roosevelt, qui a fait de mon bref Séjour à Hyde Park, un grand plaisir. Tout particulièrement, mes recherches ont bénéficié de l’aimable concours de Ms. Susan Y. Elter, “archiviste audiovisuelle”.
[4]FDR:HMS - Boîte no. 12 (Lettre du 17 octobre, de Doubleday à Morgenthau) indique que l’éditeur a arrangé des devantures chez Macy, Brentano, Wanamaker, Scribner, etc., en plus de l’envoi en avance de copies pour service de presse ainsi que de plusieurs communiqués publicitaires.
[5]La troisième grande collection d’informations utilisée dans cette étude, sont les documents personnels de Burton J. Hendrick. Hendrick, auteur et journaliste distingué, a en fait été le “nègre” de Morgenthau. A partir d’une nécrologie du New York Times (25 mars 1949), j’ai trouvé les traces de son petit-fils, un certain Hobart Hendrick Jr., de Hamden dans le Connecticut, qui a répondu gentiment à toutes mes questions. Il m’a mis en contact avec une cousine, Martha Rusnak, de Winfield, dans l’Illinois, dont le mari Robert Rusnak, professeur d’histoire à Rosary College, a fait des recherches sur le grand-père de son épouse. Le Professeur Rusnak m’a aimablement communiqué copies de nombreux documents des “Documents” de Burton J. Hendrick, qui se trouvent en leur possession. Ces documents contiennent une correspondance entre Morgenthau et Hendrick et plus particulièrement une étude inédite de Rusnak sur Hendrick intitulée: “To Cast Them in the Heroic Mold’ : Court Biographers - The Case of Burton Jesse Hendrick”. Le professeur Rusnak m’a appris que Hendrick avait participé au Projet d’Histoire Orale de l’Université de Columbia et a été interviewé par Alan Nevins juste avant sa mort en 1949. Les informations citées dans cette étude des documents de Hendrick fourni par le Profe¬sseur Rusnak seront signalées sous la cote : Hen drick/Rusnak, avec en sus une description du document en question auquel on se réfère.
Les informations sur les ventes présentées ici sont tirées d’un document manuscrit dans les documents Hendrick/Rusnak intitulé;
“Statement of Profit and Loss to July 1, 1919 on ‘Ambassador Morgenthau’s Story’ by Henry Morgenthau”. Ce document, écrit apparement par Morgenthau lui-même, donne le montant total des ventes à cette date-là, c’est-à-dire, 22.234 copies.
[6]LC:PHM - Bobine no. 8: Lettre de Henry Morgenthau au Président Woodrow Wilson, 26 novembre 1917.
[7]Hendrick/Rusnak. Parmi les informations fournies par Robert Rusnak relatives à la collaboration Morgenthau-Hendrick, se trouvent 8 pages d’un document intitulé: “Proposal for a Moving Picture on the Near East, Based to a considerable Extent on Ambassador Morgenthau’s Story”. En haut de ce document, on peut lire la note manuscrite suivante: “Ce grand projet (pour lequel les gens du cinéma nous ont offerts 25.000$) a été interrompu par la fin soudaine de la guerre ! B.J.H”
[8]LC: PHM - Bobine no. 8: Lettre du Président Woodrow Wilson à Henry Morgenthau du 14 juin 1918. Les italiques dans le texte sont de l’auteur.
[9]LC: PHM - Bobine no. 8: Lettre du 27 novembre 1917, du Président Woodrow Wilson à Henry Morgenthau. Curieusement, alors que la lettre de Morgenthau du 26 novembre 1917 à Wilson n’a jamais été publiée, Morgenthau a cependant inclu la réponse du Président dans son autobiographie de 1922, All in A Life-Time, New York (Doubleday, Page & Company), 1922, p. 297. il la cite comme la raison pour laquelle il a écrit son livre.
[10]FDR:MS - Boîte no. 11: Lettre du 7 novembre 1917, de Frank Doubleday à Henry Morgenthau. La lettre du 12 novembre 1917, de Henry Morgenthau à Frank Doubleday, dans laquelle Morgenthau déclare : “puisque Mr. Hendrick me l’a demandé, j’ai encore une fois étudié avec beaucoup d’attention l’opportunité d’écrire un livre sur mes expériences en Turquie et j’ai conclu définitivement que le temps n ‘était pas encore arrivé pour le publier”. Pourtant, déçu par l’absence d’un appui populaire pour la guerre, deux semaines plus tard il requiert la bénédiction du Président et, dés réception de la lettre de Wilson du 27 novembre 1917, il change d’avis et entreprend des négociations formelles avec l’éditeur. Voir aussi les lettres de Frank Doubleday à Henry Morgenthau respectivement du 23 novembre et 5 décembre 1917, et les lettres de Arthur Page à Henry Morgenthau du 8 décembre et du 20 décembre 1917. Après la dernière lettre, tous les accords pour le contrat ont été complétés.
[11]LC: PHM - Bobine no. 8: lettre de Henry Morgenthau au Président Woodrow Wilson, 26 novembre 1917.


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