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CHAPITRE II QUI EST LVAUTEUR?

Lowry Heath W.*
Les Dessous Des Mémoires de L?Ambassadeur Morgenthau
 

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QUI EST LVAUTEUR?

Deux collections de documents constituent nos sources pour la compréhension de l’historique du livre. L’une se trouve à la Bibliothèque du Congrès à Washington, D.C: The Papers of Henry Morgenthau (ci-après : LC:PHM)[12]. L’autre collection, faisant partie des documents de Henry Morgenthau Jr. est déposée à la Bibliothèque Présidentielle Franklin Delano Roosevelt à Hyde Park, New York (ci-après: FDR:HMS)[13]. À ces deux collections qui comprennent des dizaines de milliers de documents, doit être ajoutée une large variété d’informations publiées et inédites, parmi laquelle les dossiers du célèbre journaliste, biographe et historien, lauréat du Prix Pulitzer, Burton J. Hendrick.[14] Car non seule-ment l’ambassadeur Morgenthau a eu besoin de l’accord du président Woodrow Wilson pour lancer le projet du livre qul porte son nom, mais encore, il fit appel au talent de Burton J. Hendrick, pour le rédiger. De ce fait, il semblerait que la conception originale du livre soit due à Hendrick, qui l’a suggéré en premier à Morgenthau en avril 1916[15]. C’est à travers un examen de plusieurs milliers de lettres et documents de la collection citée ci-dessus que finalement les origines plus ou moins obscures de la question apparaissent. Pour démêler la trame de l’histoire du livre de l’ambassadeur Morgenthau, nous devons d’abord débattre des diverses sources sur lesquelles ce travail a été basé.

Tout d’abord, il existe un “journal” tapé à la machine qui couvre la période du séjour de Morgenthau à Istanbul (Constantinople), période allant du 27 novembre 1913 (date de l’arrivée de Morgenthau dans la capitale ottomane) jusqu’à son départ de Turquie le l er février 1916[16], soit 26 mois. Selon une évidence interne, et en particulier d’après les commentaires de Morgenthau sur son habitude de dicter à son secrétaire, un Arménien de Turquie nommé Hagop S. Andonian[17], il apparaît que Morgenthau racontait régulièrement les faits de la journée à Andonian, et celui-ci les tapait à la machine. Bien qu’elle fut extrêmement détaillée, surtout en ce qui concerne ses rapports avec les leaders Jeunes - Turcs, Said Halim Pacha, Enver Pacha et Talaat Bey, la version des événements telle qu’elle a été enregistrée dans le journal quotidien, ne concorde guère (ainsi que nous allons le démontrer par la suite) avec la description de ces mêmes entrevues et réunions reprise dans le livre. Malgré ce problème, il ne demeure aucun doute que les sources-clés utilisées dans le livre proviennent des informations contenues dans le journal.

En plus de son journal sur lequel il se basait en premier lieu, Morgenthau avait l’habitude d’écrire une lettre hebdomadaire assez détaillée sous forme de circulaire à plusieurs membres de sa famille, aux États-Unis.[18] Ces lettres, étaient également préparées par Hagop S. Andonian, secrétaire personnel de Morgenthau, et souvent même écrites par lui ainsi qu’il en ressort d’une lettre de Morgenthau datée du 11 mal 1915:

Il m’est difficile de m’asseoir et de dicter une lettre tranquillement. Alors, j’ai donné à Andonian les instructions de prendre mon journal et d’en recopier des extraits avec des fioritures de sa propre main. Bien sûr, ceci me soulage de toute responsabilité pour d’éventuelles erreurs.[19]

C’était donc une combinaison du journal et des lettres qui a servi de matériel de base à partir duquel le livre a été finalement assemblé. Ces deux sources ont été complétées en un certain sens par des copies de rapports reçus par Morgenthau à Constantinople ou expédiés pan lui à Washington, D.C.[20] En d’autres mots, ces documents ont formé la charpente sur lequel le texte achevé devait reposer.

Cet arrière-plan en tête, nous devons examiner maintenant la manière dont le livre a été rédigé, et la question encore moins évidente de savoir par qui le livre a été écrit. En ce qui concerne ce dernier point, dans chaque édition successive, il n’y a que le nom d’Henry Morgenthau qui figure comme auteur. Aujourd’hui, 72 ans après cette première édition, personne n’a jamais suggéré par écrit que le livre ait pu être écrit par quiconque que se soit d’autre que Morgenthau lui-même [21]. Malgré ce fait, il existe parmi les archives Morgenthau de nombreux indices qui peuvent nous éclairer sur l’identité de l’auteur. Tout d’abord, il y a un remerciement écrit par Morgenthau dans la “préface” aux éditions américaine et anglaise, où il dit: “Je remercie vivement mon ami, Mr Burton J. Hendrick, pour son concours inestimable à la préparation de ce livre” [22]. Ce témoignage de reconnaissance est en vérité un euphémisme. Car, en fait Ambassador Morgenthau‘s Story est né de la main de Burton J. Hendrick, et du concours de plusieurs personnes dont Morgenthau, lui-même pour la rédaction. Celui-ci était secondé aussi par son secrétaire arménien Hagop S. Andonian qui suivit Morgenthau aux États-Unis et résida là-bas durant la période de préparation du livre.

Peu de choses sont connu de la vie de Hagop S. Andonian. Aux nombreuses occasions où son nom apparaît dans le journal ou dans les lettres, Morgenthau se réfère à lui comme “mon secrétaire”; bien que toutefois il semblerait qu’il ait même rempli le rôle de “dragoman”, (traducteur) à plusieurs reprises.[23]

L’ambassadeur Henry Morgenthau

Le représentant diplomatique américain en Turquie. Novembre 1913-janvier 1916. Photographie prise juste avant son départ de la Turquie.

(Courtoisie du Consul Général des États-Unis, Thomas Carolan Istanbul, Turquie).

D’après les notes du journal, il semble qu’Andonian était souvent convié à la table de Morgenthau, et qu’il l’accompagnait parfois au cinéma certains soirs. Selon une lettre de Morgenthau à sa famille datée du 15 juillet 1914[24], on apprend que Andonian était étudiant au Robert College, établissement américain de la capitale ottomane, au début du siècle. Une photo du personnel de l’ambassade prise durant le mandat de Morgenthau le montre alors dans sa trentaine. Bien que rien de précis n’existe qui pourrait nous éclairer pourquoi Andonian raccompagna aux États-Unis les Morgenthau, une note du journal en date du 8 février 1916, montre clairement qu’il avait quitté la Turquie avec l’ambassadeur. A cette date-là et décrivant un bal masqué sur le bateau en route pour New York, Morgenthau indique que son fils “Henry était déguisé en Grec et Andonian en dame turque”[25]. Parmi la correspondance de Morgenthau, se trouve une copie d’une lettre adressée par l’ambassadeur, le 9 janvier 1918 à l’Honorable Breckendrige Long, Troisième Assistant Secrétaire d’Etat demandant l’intervention de cet officiel pour que son secrétaire soit déchargé du service militaire. Cette lettre comprend le paragraphe suivant:

Vous savez peut-être déjà qu’avec l’accord du Président, j’ai entrepris d’écrire un livre. Mr. Andonian me prête son concours pour la préparation de ce travail et vu ses connaissances profondes de l’Orient et son expérience exceptionnelle, ses services me sont indispensables[26].

Cet extrait met en évidence trois points d’intérêt: a) une raison pour laquelle Andonian se trouvait aux États-Unis était pour prêter son concours à Morgenthau dans la préparation de son livre ; b) le travail réel sur le livre a commencé vers le 9 janvier 1918 et, c) en 1918, Andonian était susceptible d’être appelé sous les drapeaux aux Etats-Unis.

Hagop S. Andonian

Le secrétaire de l’Ambassadeur Morgenthau, qui l’a accompagné aux Etats-Unis en 1916. Ses services dans la préparation du livre de Morgenthau ont été qualifiés, par l’ambassadeur lui-même comme “étant indispensables”.
 
Il y a également trois références succintes à Andonian, dans le carnet de rendez-vous de Morgenthau pour 1918 : 1) une note du 26 avril 1918 où on peut lire : “Dicté au Yale Club à Andonian et examiné épreuves du deuxième feuilleton prochain livre” ; 2) une note du 17 avril 1918 disant: “Dicté toute la journée à Andonian et Hendrick”, et 3) une note brève du 9 septembre 1918 : “Andonian est parti”[27]. Les dernières références à Andonian dans les Documents Morgenthau compre-nnent deux lettres manuscrites datées respective-ment du 16 décembre 1920 et du 24 décembre 1920.[28] Écrivant d’Istanbul, sur du papier à en-tête portant le nom de la compagnie Haig, Nichan, Hagop Andonian et indiquant leur litre en tant qu’agent de la “Sun Insurance Company” et agents immobiliers, pour se renseigner sur le bienfondé des rumeurs qui circulent dans la capitale ottomane comme quoi Morgenthau aurait été nommé par le président des États-Unis médiateur entre les Kémalistes et les forces arméniennes, Andonian offrait ses services à Morgenthau au cas où les rumeurs seraient fondées, ce qui n’était pas le cas.

Pour tout spécialiste de l’histoire des relations turco-arménienne de 1’après-guerre, la question d’un éventuel lien de famille entre le secrétaire de Morgenthau, Hagop S. Andonian et Aram Andonian, l’auteur de la collection de documents forgés connu sous le nom de: The Memoirs of Naim Bey: Turkish Official Documents Relating to the Deportations and Massacres of Armenians, Londres (Hodder & Stoughton), 1920, vient de suite à l’esprit. Tous deux étalent originaires d’Istanbul et portent le nom peu commun de “Andonian”, ce qui bien sûr laisserait croire à des liens de parenté entre les deux personnes. A ce jour, aucune information supplémentaire n’est venu éclairer cette question.

Un autre Arménien de Turquie, Arshag K. Schmavonian, est sans doute également une figureclé ayant participé à la préparation de ce livre. Schmavonian était employé en 1918, au Département d’Etat à Washington, D.C en qualité de “conseiller spécial”; il servit d’interprète à Morgenthau durant son séjour à Istanbul et l’a accompagné à toutes les réunions avec les personalités officielles turques. Le rôle de Schmavonian, en tant qu’ami, confident et conseiller de Morgenthau durant et après son séjour à Istanbul est facilement discernible dans de nombreux documents des Documents Morgenthau. Aussi, dès le jour de son arrivée en Turquie, Morgenthau a considéré Schmavonian comme sa principale source d’information dans un environnement inévitablement étranger, étant donné que l’ambassadeur ne possédait ni le turc, ni le français, ni le grec ni l’arménien, les quatre principales langues parlées dans la capitale ottomane. Déjà, en 1914, dans une interview accordée au correspondant du New York Herald, tout de suite après son arrivée en Turquie, Morgenthau avouait sa dépendance envers Schmavonian dans les termes suivants:

Arshag K. Schmavonian
Conseiller légiste de l’ambassade des Etats-Unis à Constantinople, qualifié par Morgenthau de "profondément loyal envers son peuple, les Arménien."

Ce sera mon devoir de me mettre au fait des choses qui m’entourent. Grâce à l’aide du conseiller légiste de l’ambassade, Mr. Schmavonian qui connaît l’Orient si bien, je serais à même de maîtriser cette tâche d’une manière plus ou moins satisfaisante dans quelques semaines.[29]

Rares sont les pages du journal de Morgenthau qui ne citent pas Arshag K. Schmavonian.[30] Il accompagna Morgenthau lors de pratiquement chaque visite officielle aux membres du gouvernement jeune-turc; il était présent lors de toutes les réunions de Morgenthau avec les hommes d’affaires américains (plusieurs affaires légales ont été traitées par lui), il a participé à toutes les réunions touchant aux intérêts des missionnaires américains (dont il était également le conseiller juridique) ; et il a assisté Morgenthau dans la rédaction des dépêches pour Washington, D.C. Les Archives Nationales à Washington, D.C. renferment une collection de documents ayant appartenu à Schmavonian. [31] Ainsi, la vaste majorité de ces documents traite des représentations de Schmavonian en faveur des missionnaires et hommes d’affaires américains; y sont préservées également quelques notes manuscrites de Morgenthau à Schmavonian, qui portent toutes l’expression: “Mon cher Mr. Schmavonian”. Dans les documents de Morgenthau, il y a aussi un grand nombre de lettres d’Arshag Schmavonian adressées à l’ambassadeur Morgenthau datant de 1914 à1921.[32] Toutes les lettres écrites avant 1919 portent l’expression “Mon cher Chef’.

L’étendue de la dépendance de Morgenthau vis-à-vis de son conseiller arménien se révèle en partie dans un discours qu’il prononça alors qu’il réunissait des fonds pour le Secours Arménien et Syrien, à son retour aux États-Unis. Voici ce qu’il dit sur Schmavonian:

Le premier homme que j’ai trouvé à l’ambassade sur lequel je pouvais compter pour toute sorte d’assistance, l’homme qui a fourni un travail précieux à l’ambassade américaine, est arménien [Schmavonian]. Il est attaché à l’ambassade depuis 16 ans. C’est un homme hors du commun, apprécié hautement par les autorités turques. Mon secrétaire privé {Andonian] était également arménien.

Grâce à ces deux hommes, j’ai fait la connaissance de prêtres arméniens, de patriotes et professeurs; j’ai non seulement appris à les respecter mais à aimer et admirer nombre d’Arméniens.[33]

Ces relations ne se sont pas interrompues avec le départ de Morgenthau de Turquie. Les deux hommes se sont retrouvés en 1917, lorsque Morgenthau fut envoyé par le président Wilson en Europe ; Schmavonian l’y rejoignit comme interprète. Après la rupture des relations entre la Turquie et les États-Unis, Mr. Schmavonian fut transféré à la fin de 1917 à Washington, D.C., où il demeura en qualité de “conseiller spécial” jusqu’à sa mort en janvier 1922. Morgenthau rédigea un hommage émouvant à sa mémoire, qui illustre l’étroitesse de leurs relations:

J’ai été très heureux de constater après ma rencontre avec Schmavonian que les éloges enthousiastes de mes prédécesseurs [les ambassadeurs Strauss et Rockhill] étaient non seulement entièrement justifiés, mais au contraire ne lui rendaient pas assez justice. Toutes les traditions du service étaient méthodiquement rangées dans sa tête, et il les a mis à ma disposition à n’importe quel moment, de jour comme de nuit, et c’était la même chose pour tout ce qui concernait les missionnaires américains et les activités éducationnelles en Turquie. Il était si profondément juste et honnête, que tous ceux qui l’ont fréquenté, ont rapidement reconnu en lui ces qualités précieuses et ont vite appris à l’aimer.

C’était un compagnon d’un commerce agréable et il charmait à chaque rencontre. Les services qu’il a rendus au Gouvernement des Etats-Unis et à tous les ambassadeurs à Constantinople, aux intérêts des missionnaires, aux intérêts d’affaires américains et aux populations arménienne et juive en Turquie, sont inégalables.

Il était discret à outrance, et ne réclamait rien pour lui. Sa dévotion pour sa mère et au service l’accaparait entièrement, et il était toujours profondément loyal envers son peuple, les Arméniens.

Les États-Unis ont perdu un de leurs meilleurs serviteurs, et moi, un de mes plus chers amis.[34]

On peut se faire une idée sur l’étendue du rôle de Schmavonian dans la préparation du livre de Morgenthau à travers l’examen de la correspondance de l’Ambassadeur Morgenthau durant la période de la rédaction:

a) Lettre du 16 janvier 1918 de Schmavonian à Morgenthau en réponse à une requête lui demandant de dresser la liste des noms et des titres des différents membres du cabinet ottoman durant le mandat de Morgenthau; [35]

b) Lettre du 26 janvier 1918 de Morgenthau à Schmavonian lui demandant de fournir des informations tirées des câbles et dépêches que Morgenthau a envoyés de Turquie au Département d’Éat. [36]

c) Une note du 29 août 1918, contenant des commentaires sur le manuscrit de Morgenthau préparé par le Département d’Etat, semble aussi avoir été écrite par Schmavonian, soulevant ainsi la possibilité que ce dernier était (comme on peut s’y attendre logiquement) le fonctionnaire du Département d’Etat chargé de commenter l’ébauche du livre de Morgenthau ; [37]

d) Lettre du 3 septembre 1918, de Morgenthau à Schmavonian, démontrant clairement que c’était Schmavonian qui commentait le manuscrit de Morgenthau. Morgenthau écrit dans cette lettre:

J’envoie par ce courrier notre article no. 7, la première moitié de l’histoire arménienne... J’espère que par sur votre diligence et votre bonne nature, vous ferez des heures supplémentaires et je vous promets pour ma part que je n’écrirai pas d’autres livres nécessitant l’aval du Département d’État. [38]

En somme, Schmavonian, fut d’une aide précieuse pour Morgenthau, que ce soit durant son mandat, en Turquie ou durant les mois de la préparation du livre en 1918. II fut de même chargé par le Département d’Etat de se prononcer sur le manuscrit de Morgenthau.

Malgré sa contribution à chacunes des étapes du projet, Schmavonian n’est pas cité de nom dans Ambassador Morgenthau’s Story, une omission d’autant plus difficile à comprendre que son nom figure dans l’autobiographie de Morgenthau de 1922: All in a Life Time. Dans ce livre, que Morgenthau a écrit en collaboration avec French Strother, Schmavonian apparaît (comme il l’était en réalité) un confident intime de Morgenthau [39]. Est-il possible que Morgenthau ait ressenti que toute référence à sa dépendance envers ses assistants arméniens, (Andonian n’est pas cité non plus) peut sembler étrange dans un livre qui est en partie consacré à la Question Arménienne?

Un autre participant au projet, fut le Secrétaire d’État américain, Robert Lansing qui (sur ordre du Président?) lisait et commentait chaque chapitre du livre. La nature du rôle de Lansing sera soulevée plus loin. Cependant, un certain nombre de lettres, datant de la période de gestation du livre montre que son rôle ne fut pas sans importance:

a) Lettre du 2 avril 1918 de Lansing à Morgenthau, dans laquelle le Secrétaire d’État déclare : “Je vous envoie ci-joint la première série des épreuves de votre livre que j’ai lue avec un intérêt particulier. J’ai fait plusieurs notes suggérant certaines corrections ou omissions dans le texte avant la publication et je crois que vous serez d’accord avec ces suggestions”;
b) Lettre du 27 avril 1918 de Lansing à Morgenthau, jointe à un autre envoi des épreuves “accompagnée de quelques suggestions qu’après une prudente considération, nous nous permettons de proposer”;
c) Lettre du 29 août 1918 de Lansing à Morgenthau accompagnée des épreuves en page et de suggestions;
d) Lettre du 17 septembre 1918 de Lansing à Morgenthau avec des “suggestions et remarques”;
e) Lettre du 22 septembre 1918 de Morgenthau à Lansing lui demandant la permission de le remercier dans la préface du livre “pour la peine prise par le Secrétaire d’État Robert Lansing pour la lecture de ce manuscrit ainsi que pour les nombreuses suggestions précieuses et pertinentes qu’il a faites”;
f) Lettre du 2 octobre 1918 de Lansing à Morgenthau, rejetant le souhait de Morgenthau de reconnaître publiquement le concours du Secrétaire d’État durant la préparation du livre: ce serait préférable dans 1 ‘ensemble de ne pas citer mon nom en rapport avec le livre. [40]

Ayant présent à l’esprit qu’avant la mise en route du projet, Morgenthau a reçu la bénédiction du président des Etats-Unis, Woodrow Wilson, et que durant la rédaction du livre, chaque chapitre a reçu l’aval personnel du Secrétaire d’Etat américain, Robert Lansing, on pourrait dire que le livre de Morgenthau porte l’imprimatur du gouvernement des Etats-Unis.

Ceci dit, tout mérite littéraire du livre, et tous les critiques l’ont trouvé tout à fait d’une lecture agréable, doit incomber à Hendrick. Bien que son rôle de “nègre” dans la rédaction du livre n’a jamais été ouvertement reconnu, il a été largement payé pour ses efforts, comme l’atteste une lettre de Morgenthau à Hendrick datée du 5 juillet 1918.

Au lieu d’un contrat écrit formel qui n’a apparemment jamais existé entre les deux hommes, Morgenthau écrit ceci à Hendrick:

Je voudrais mettre par écrit que j’ai l’intention de vous envoyer une part des recettes du livre Ambassador Morgenthau’s Story, qui est sur le point d’être publié par Doubleday, Page & Company.

L’accord définitif sera conclu lorsque votre travail sur le livre sera achevé ; mais si quelque chose m’arrivait entre temps, je charge de suite mes exécuteurs testamentaires de faire en sorte que vous ayez les 2/5 de tout profit qui m’est dû de Doubleday, Page & Company, jusqu’à concurrence de 10.000$; et les 5.000$ qui me sont dûs vous seront payés en avance. [41]

Hendrick, qui mériterait lui-même l’attention des historiens a dû être très satisfait de l’accord final fait après l’achèvement du livre. A la lecture d’un reçu qui a survécu dans les documents de Morgenthau, nous devons nous douter que quel qu’ait été l’accord final, il garantissait les 40% de la part de Hendrick tout au long de la carrière du livre. Il montre aussi qu’entre la période du 2 janvier 1932 et le 1er juillet 1932, soit 14 ans après la première parution, Ambassador Morgenthau‘s Story était encore disponible en librairie. Durant ces six mois, un total de 2.00$ en ventes a été enregistré, dont les droits (1.00$) revenant à l’auteur ont été partagé comme suit:

Mr Burton J. Hendrick 40% ... $.40 c
Mr Henry Morgenthau 60% ... $.60 c [42]

Ainsi, 14 années après la première parution, l’édition américaine du livre rapportait encore des revenus à Hendrick et Morgenthau. Quant aux sentiments d’Hendrick, ils ont été enregistré lors d’une interview d’histoire orale accordée à l’historien Alan Nevins de l’Université Columbia, quelques mois avant sa mort en 1949. Il déclarait:

J’ai fait un travail de ‘nègre’ : les souvenirs de Henry Morgenthau père. Ce livre a suscité beaucoup d’intérêt. J’ai travaillé avec Henry tout le temps.

C’était un personnage intéressant. Henry Morgenthau était une personne capable, très amical et de bon tempérament, un homme qui a réussi. Il a fait fortune à New York dans l’immobilier. La rédaction de mes livres sur Sims et Morgenthau a été très intéressante, presqu’un Hendrick[44] qui, durant les 10 années qui suivirent la publication du livre de Morgenthau devait recevoir trois Prix Pulitzer, l’un pour un livre cosigné avec l’Amiral William S. Sims, The Victory at Sea (lauréat du Prix Pulitzer en Histoire en 1920) et deux prix en biographie l’un en 1922, pour Life and Letters of Walter H. Page ; et en 1928 pour son deuxième volume sur W. H. Page intitulé, The Training of an American, était déjà en 1918, un journaliste très connu ayant travaillé comme  éditorialiste au New York Evening Post, Mc Clure’s Magazine et The World’s Work.

Dans ces fonctions et selon les termes de la rubrique nécrologique du New York Times, Hendrick “s’est fait une réputation d’exactitude méticuleuse, de pensée honnête et d’humour et un appétit pour la recherche sur des sujets d’intérêt historique”. La nécrologie du Times poursuit pour dire que “les critiques de ses biographies et ses études historiques presque immanquablement, soulignent que son analyse fraîche et pénétrante porte la marque de sa formation journalistique”.[45]

Il n’est pas dépourvu d’ironie qu’au moins un critique de Ambassador Morgenthau’s Story un certain “W. K. K.” dans le Detroit Michigan News, du 5 décembre 1918, ait pressenti que Morgenthau devait avoir un journaliste comme collaborateur lorsqu’il écrit:

... Henry Morgenthau, notre ambassadeur en Turquie, dans la première année de la guerre, est soit un journaliste-né, soit il a bénéficié de l’aide d’un journaliste dans la préparation de son volume; car “Ambassador Morgenthau’s Story” est d’une pure facture de journaliste... [46]

On se trouve donc face à face moins avec les mémoires d’une personnalité, l’ambassadeur Henry Morgenthau, qu’un mémoire collectif pour ainsi dire. Les notes d’Istanbul de Morgenthau (consistant en son journal et en lettres à sa famille), ont été reprises initialement par Morgenthau et Andonian, puis revues ensemble avec Hendrick contrôlées par Schmavonian (au nom du Départment d’État) ; puis “peauffinées” par le Secrétaire d’Etat Robert Lansing (au nom de l’Exécutif) et finalement rédigées par Burton J. Hendrick pour paraître sous le nom de Ambassador Morgenthau‘s Story. Quant à la question de savoir qui a réellement écrit le livre, ainsi que notre examen ultérieur va l’illustrer, c’est en fait une œuvre collective ayant seulement un rapport superficiel à ce qui fut de fait l’expérience vécue par Henry Morgenthau durant son séjour en Turquie.



 

[12] Cf.: Note 1 ci-dessus.
[13] Cf.: Note 3 ci-dessus.
[14] Cf.: Note 5 ci-dessus.
[15] FDR:HMS - Boîte no. 9: Lettre du 7 avril 1916, de Burton J. Hendrick à Henry Morgenthau, dans laquelle Hendrick se réfère à des discussions avec Morgenthau sur la possibilité de publier un livre par l’intermédiaire de Doubleday, Page & Company, qui apparaîtrait sous forme “de séries de récits personnels de toutes les personnalités qui ont figuré dans cette guerre”. C’est apparement le plus ancien document existant concernant le projet de livre.
[16] LC:PHM - Bobine no. 5 (Receptacles 3 et 4): contient l’unique copie connue des notes quotidiennes du séjour de Morgenthau en Turquie. Désigné simplement sous le nom de “journal” (“Diary”) ce document offre un récit jour après jour des activités de Morgenthau à Constantinople. Lorsque ce journal est cité dans cette étude, j’ai donné les informations suivantes: LC:PHM - Bobine no. 5: date du journal. Toutes les références du texte au journal se réfèrent à cette source-clé d’informations sur les activités de Morgenthau jour par jour.
[17] Les références de ce genre incluent les suivantes: LC:PHM - Bobine no. 5: journal du 25 septembre 1914 et du 19 février 1915. La note du 8 juillet 1915 dit que: Nous avons travaillé sur le livre de 7:15 à 8. Puis Schmavonian et Wirth ont diné avec moi. Ce passage soulève deux possibilités : a) que quelqu’un d’autre que Andonian a travaillé à la rédaction de ce journal, et b) que le journal de Morgenthau a toujours été élaboré comme une esquisse du livre qu’il avait l’intention de publier. Etant donné le fait que Morgenthau n’a jamais tenu un journal détaillé à aucun autre moment de sa vie, cette interprétation peut s’avérer juste.
[18] Les copies des lettres de Morgenthau se trouvent essentiellement dans deux sections séparées de la Bibliothèque Franklin Delano Roosevelt - Documents Morgenthau. Plus précisément, elles se trouvent sous la référence FDR:HMS - Boîtes 5, 7, 8, 10 et dans FDR:HMJ/Gaer - Boîtes no. 1-2. Alors qu’il est clair qu’elles sont inspirées des notes du journal pour la période décrite, il y a cependant souvent d’autres informations dans les lettres ; ce qui permet de fournir des renseignements complétant les notes parfois succintes du journal.
[19] FDR:HMS -Boîte 7: HM lettre aux enfants du 11 mai 1915. Que cette note ne se réfère pas seulement à la lettre du 11 mai 1915, est confirmée par FDR:HMJ/Gaer Boîte 1-2: HM lettre à Henry Morgenthau Jr. du 1er septembre 1915 où on peut lire : Je vous envoie une copie de la lettre générale écrite récemment par Andonian. Donc, ne me blâmez pas si elle est trop impersonnelle et brève. A une autre occasion, nous lisons dans une lettre: Je ne sais pas si vous avez remarqué la différence de style entre cette lettre et les précédentes. J’ai rédigé celle-ci moi-même et alors que pour les précédentes j’avais simplement esquissé quelques notes que je donnais à Andonian et à partir desquels il composa ces lettres (FDR:HMS - Boîte no. 8 lettre du 13.7.1915 p. 15).
[20] Ces copies, paraphrases et dépêches de Morgenthau se trouvent dans LC:PHM - Voir en particulier, bobines no. 5, 7, 8, 17. Ce matériel a été comparé avec les copies des rapports officiels de Morgenthau conservés aux Archives Nationales de Washington, D.C. Plus particulièrement: Record Group 59-General Records du Département d’État: Decimal File 867.4106-Problèmes Raclaux (Microfilm Publication 353: Bobines 43-48).
[21] Henry Morgenthau, Ambassador Morgenthau’s Story. New York (Doubleday, Page & Company.), (Ci-dessous: AMS)
[22] AMS: p. vii
[23] LC:HMS - Bobine no. 5, 15 - 16 mars 1915, quand Andonian a accompagné Morgenthau aux Dardanelles dans cette fonction.
[24] FDR: HMS – Boîte no. 5
[25] LC: PHM - Bobine no. 5
[26] LC: PHM - Bobine no. 8
[27] LC: PHM - Bobine no. 6
[28] FDR: HMS - Boîte no. 13
[29] LC: PHM - Bobine no. 37; la date est illisible.
[30] LC: PHM - Bobine no.5.
[31] Archives Nationales: Group Record no. 84-Correspondence personnelle de Arshag K. Schmavonian-4 boîtes.
[32] FDR: HMS - Boîtes no. 5 (17 lettres de 1914), 9 (4 lettres de 1916), 10 (2 lettres de 1916), 12 (3 lettres de 1919), 14 (5 lettres de 1921).
[33] LC: PHM - Bobine no. 22.
[34] LC: PHM - Bobine no. 40.
[35] LC: PHM - Bobine no. 8.
[36] FDR – HMS - Boîte no. 12.
[37] Ibid.
[38] Ibid.
[39] Henry Morgenthau (en collaboration avec French Strother), All In A Life Time, New York (Doubleday, Page and Co.), 1922. Voir pp. 178, 187, 215, 216, 224, 227, 259 et 266.
[40] FDR: HMS - Boîte no. 12.
[41] Hendrick / Rusnak: Morgenthau à Hendrick, lettre du 5 juillet 1918.
[43] Je suis redevable à Mr. Ronald J. Grele, Directeur du ‘Oral History Research Office’ à la Bibliothèque Butler de l’Université Columbia pour une copie de l’interview de 62 pages par Nevins: The Reminiscences of Burton J. Hendrick. L’extrait cité ci-dessus est tiré des pages 31-32 de cette interview et consiste en un résumé des commentaires d’Hendrick. En plus des Documents Hendrick auxquels je me suis référé plus haut sous la rubrique Collection Hendrick / Rusnak, et l’interview par Nevins, il existe 75 lettres d’Hendrick dans les archives de American Academy of Arts and Letters à New York City. La bibliothécaire de cette institution, Ms Nancy Johnson, m’a communiqué l’information que ce fonds consistait essentiellement de lettres ayant trait à sa qualité de membre de l’AAAL, une organisation à laquelle il avait été élu en 1923 et à laquelle il demeurera affilié jusqu’à sa mort en 1949.
[44] Le travail le plus détaillé sur la carrière de Hendrick est l’article encore inédit de Robert Rusnak: “To Cast Them in the Heroic Mold’ : Court Biographers - The Case of Burton J. Hendrick.” Je suis redevable à l’auteur pour une copie de cet article. Des renseignements biographiques supplémentaires peuvent être trouvés dans les ouvrages de référence suivants: a) notice nécrologique “Burton Hendrick, Historian, 78, Dies,” The New York Times, vendredi, 25 mars 1949, p. 23 (ci-après:Hendrick, Times: p. 23) ; b) article Burton Jesse Hendrick dans The National Cyclopaedia of American Biography. Vol. XXXVIII, page 476, Ann Arbor, MI (University Microfilms), 1967; c) Louis Filler “Burton Jesse Hendrick”, article dans The Encyclopedia Americana (International Edition). Vol. 14, page 91. Danbury, CT (Grolier Inc.) s.d.; d) Who’s Who in America. Vol 12, page 1482. Chicago (A.N. Marquis and Co.), 1923.
[45] Hendrick, Times p. 23.
[46] LC: PHM - Bobine no. 40.

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* Author -
- Les Dessous Des Mémoires de L?Ambassadeur Morgenthau
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