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Chapitre I Premières Questions

ŞİNASİ OREL*
Les Telegrammes de Talât Pacha
 

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PREMIÈRES QUESTIONS


 

Dans cette première partie, le livre et les lettres d’Andonian seront étudiés en détail. On verra d’où et comment sont parvenus les «documents», et s’ils sont authentiques ou non. Cela est nécessaire avant de passer à la discussion des «documents» eux-mêmes, pour bien comprendre où veulent en venir Andonian et la propagande arménienne.


 

1 - Qui sont Andonian et Naim Bey?
Dans les préfaces des versions en français et en anglais du livre, on donne quelques informations au sujet d’Andonian. Selon celles-ci, Andonian serait un Arménien d’Istanbul; il se serait enrôlé dans l’armée ottomane pendant la mobilisation de la Première Guerre mondiale; il aurait été arrêté et jugé pour avoir laissé filtrer au patriarcat arménien d’Istanbul des informations sur les «atrocités» perpétrées contre les Arméniens d’Anatolie; il aurait été «déporté» le 11 avril 1915, bien que sa culpabilité n’ait pas été établie; pendant sa «déportation», il aurait essayé de s’évader plusieurs fois, mais aurait été repris à chaque fois. Lors d’une de ses évasions, il se serait cassé une jambe et aurait été soigné à l’hôpital un certain temps; enfin, il aurait réussi à se cacher à Alep, et ainsi aurait Pu rester en vie.

Dans son livre, Andonian explique qu’il fut témoin des «événements» à cause de son «passé». Se mettant de temps en temps à la place de Naim Bey, il transmet ses propres «Mémoires», et essaie ainsi de renforcer les «Mémoires» de Naim Bey avec les siens.

Le héros du livre d’Andonian est sans aucun doute Naim Bey. On a déjà vu ci-dessus que le titre de la version anglaise portait le nom de Naim Bey. D’après Andonian, Naim Bey était un fonctionnaire ottoman qui, alors qu’il était secrétaire de la Régie du tabac à Resulayn, a été nommé secrétaire principal au Bureau de i’installation à Alep.

Andonian, dans la version française de son livre, note: «Ce Turc, c’est Naim Bey, l’ancien secrétaire principal de l’Administration des déportés à Alep [1].»

Dans la version anglaise du livre, il y a une phrase semblable au sujet de la fonction de Naim Bey: «Ce Turc nommé Naim Bey est l’ancien secrétaire en chef du Comité de déportation d’Alep [2].»


 

2 - Les différences entre les versions française et anglaise du livre d’Andonian
Les deux versions, française et anglaise, du livre d’Andonian présentent des différences importantes du point de vue de leur contenu et de leur méthode. A cause de ces différences, on peut même les considérer comme deux ouvrages distincts.

La version anglaise comporte 84 pages et renferme une préface écrite par le Viscount Gladstone, une note écrite par Andonian en tant que traducteur, les «Mémoires de Naim Bey» et la «lettre ouverte» adressée au président des Etats-Unis - Wilson - par un Allemand nommé Armin T. Wegner en janvier 1919. Les «documents» se situent dans les 71 pages consacrées aux «Mémoires de Naim Bey».

Il est impossible, dans le chapitre intitulé «les Mémoires de Naim Bey», de distinguer ce qui appartient en propre à ce dernier de ce qui est propre à Andonian. En effet, plusieurs parties présentées comme «Mémoires de Naim Bey»dans l’édition anglaise sont données dans la publication française comme des textes d’Andonian lui-même. D’ailleurs, les textes des pages 18-19, 20-2 1, 24-27, 27-29, 32-33, 34-35, 36-37, 44-46, 47-48, 48-5 1, et 5 1-52 de la version anglaise, intitulés «Mémoires de Naim Bey», sont présentés dans la version française du livre comme les mémoires d’Andonian. De plus, certains passages attribués dans l’édition anglaise à Naim Bey sont donnés par Andonian sous forme de post-scriptum dans la version française. En raison de cette confusion, il n’est pas possible de distinguer les «Mémoires de Naim Bey» de ceux d’Andonian. En outre, certains passages de l’édition française ne se retrouvent pas dans le texte anglais.

Ainsi, à première vue, la comparaison des deux versions jette une impression de doute sur l’ensemble des «Mémoires de Naim Bey».

Dans l’édition anglaise, le nombre des prétendus « documents officiels » est de 48.
L’attribution des «documents» aux personnalités et se présente ainsi:

 Personnalités - Organismes officiels  Nombre de «documents»
Talât Pacha - Ministre de I’Intérieur
Abdulahad Nuri Bey - Directeur du Bureau
de l’installation d’Alep
Mustafa Abduihalik Bey - Préfet d’Alep
Comité Union et Progrès
Enver Pacha - Ministre de la Guerre
Ministère de l’Intérieur
Zeki Bey - Gouverneur de Den Zor
Ahmed Bey - Gouverneur d’Antep
Inconnu

30

8
3
2
1
1
1
1
1
48

Excepté deux lettres attribuées au comité Union et Progrès, les autres «documents» seraient des « télégrammes ».

Parmi les 30 «télégrammes» attribués à Talât Pacha, 6 sont sans date ni numéro, 7 sont sans numéro, un sans date. Parmi les 8 «télégrammes» attribués à Abdulahad Nuri Bey, 3 ne portent ni date ni numéro. Parmi les 3 «télé grammes» attribués à Mustafa Abdulhalik Bey, un ne porte ni date ni numéro, un ne porte pas de numéro. Le «télégramme» attribué au ministère de I’Intérieur n’est ni daté ni numéroté; ceux attribués à Enver Pacha, à Zeki Bey et à Ahmed Bey ne sont pas numérotés.

Les «documents» incomplets de ce genre, avec celui dont on ignore et la date et le destinataire, sont au nombre de 24.

On ne trouve que 4 photographies de ces 48 «documents» dans l’édition anglaise. Trois d’entre eux sont attribués à Talât Pacha et un au comité Union et Progrès.

L’édition française du livre, dont le contenu est beaucoup plus détaillé et systématique, comporte 168 pages. Elle renferme 5 chapitres qui suivent la note du traducteur, M.S. David Beg, et l’introduction écrite par Andonian. Dans ces 5 chapitres, c’est tantôt Andonian qui parle, tantôt Naim Bey à qui Andonian donne la parole.

Néanmoins, contrairement à l’édition anglaise, la partie de citations concernant les «Mémoires de Naim Bey», dans le texte français, est séparée du texte d’Andonian par des guillemets. C’est pourquoi, pour les citations, on se reportera plutôt à l’édition française.

Nous en reproduirons fidèlement le texte original, qui a visiblement souffert d’une traduction hâtive: la langue en est souvent maladroite ou approximative. Nous l’avons délibérément laissé tel quel.

Alors qu’il y a 48 «documents» dans l’édition anglaise, ils sont au nombre de 50 dans l’édition française. Parmi eux, 48 sont de prétendus «télégrammes»et 2 sont des «lettres» appartenant au comité Union et Progrès. L’attribution des «documents» aux personnalités et aux organismes officiels se présente ainsi:
 

Personnalités - Organismes officiels  Nombre de «documents»
Talât Pacha - Ministre de l’Inténieur
Abdulahad Nuri Bey - Directeur du Bureau
de l’installation d’Alep
Mustafa Abdulhalik Bey - Préfet d’Alep
Comité Union et Progrès
Enver Pacha - Ministre de la Guerre
Ministère de l’Intérieur
Pnocureur d’Alep
Zeki Bey - Gouverneur de Der Zor
Ahmed Bey - Gouverneur d’Antep
Inconnu

31

9
2
2
1
1
1
1
1
1
50

 

L’augmentation jusqu’à 50 du nombre de documents vient de l’addition dans l’édition française d’un «télégramme» attribué à Talât Pacha et d’un autre attribué à Abdulahad Nuri Bey. Le «document» qui passe pour avoir été écrit par le procureur d’Alep dans l’édition française est préjugé appartenir à la préfecture d’Alep dans l’édition anglaise. Le livre ne permet pas de comprendre la raison de ces changements.

Andonian a placé, dans l’édition française, 16 de ces «documents» dans la partie intitulée «Mémoires de Naim Bey» et 34 dans la partie écrite par lui-même.

Parmi les 31 «télégrammes» attribués à Talât Pacha, 5 ne portent ni date ni numéro, 9 sont sans numéro, et 5 sans date. Parmi les 9 «télégrammes» attribués à Abdulahad Nuri Bey, un ne porte ni date ni numéro, 2 sont sans numéro et un sans date. Les deux «télégrammes» attribués à Mustafa Abdulhalik Bey ne portent pas de numéro. Ceux attribués à Enver Pacha et au procureur d’Alep ne sont ni datés ni numérotés et ceux attribués à Zeki Bey et à Ahmed Bey ne sont pas numérotés. Quant au «télégramme» attribué au ministère de l’Intérieur, il ne porte ni date ni numéro et on n’en connaît pas le destinataire.

Les «documents» incomplets de ce genre, avec celui dont on ignore l’auteur et le destinataire, sont au nombre de 31.

On ne trouve que 13 photographies de ces 50 «documents» dans l’édition française. Andonian prétend que 8 de ces documents sont de Talât Pacha, 3 d’Abdulahad Nuri Bey et 2 du comité Union et Progrès.

Sur les 4 «documents photographiés» qui se trouvent dans l’édition anglaise, 3 se retrouvent dans l’édition française. Le document qui ne figure pas dans l’édition française est encore attribué à Talât Pacha. Avec celui-ci, le nombre de photographies des «documents» atteint 14.

Tous les «documents» publiés avec leurs «originaux» photographiés seront examinés un par un dans le chapitre II.


 

3 - Pourquoi Andonian a-t-il écrit son livre?
Andonian présente son livre comme une production personnelle née du désir de rassembler des données pour l’Histoire et de trouver des documents officiels ottomans afin de prouver la réalité du «massacre», en tant que témoin des événements qu’il qualifie de «massacre arménien»:

«Profitant de la circonstance [occupation d’Alep par les Anglais], je voulais au moins recueillir des données pour l’Histoire... [3].»

Or, on comprend par la lettre d’Andonian, datée du 10 juin 1921 et publiée dans le livre intitulé «Justicier du génocide...», que son livre n’est pas sa production personnelle mais bien celle de l’«Union nationale arménienne», présidée par Bogos Nubar Pacha, qui voulait obtenir, par tous les moyens et à tout prix, un « territoire» pour les Arméniens sur les terres turques:

«...I’Union nationale m’a chargé de choisir parmi les documents... [4].»
 
Le comité Dachnak expose clairement dans «Justicier du génocide...» qu’une délégation arménienne avait été chargée par le catholicos arménien de Cilicie de trouver des «documents», ce dernier désirant également la publication de «documents» et d’un livre:

« ...Après la chute du gouvernement turc à Alep, le catholicos de Cilicie avait demandé à une délégation arménienne d’obtenir des autorités turques de consulter les archives concernant les déportations [5].»

Ainsi, on voit clairement que la parution d’un livre n’est pas le fruit d’une démarche personnelle, mais l’aboutissement d’un travail organisé. On comprend, en fonction de l’époque de la publication du livre, quel était le but recherché par cette organisation.

En effet, cette publication a eu lieu au moment où les Ottomans venaient de perdre la Première Guerre mondiale, où les milieux arméniens tentaient d’obtenir des pays de l’Entente l’établissement d’un Etat arménien sur les terres d’Anatolie de l’est et du sud-est et où le comité Dachnak avait proclamé Erevan capitale de la République arménienne du Caucase, placée sous son contrôle. C’est toujours à cette même époque que les Arméniens avaient déclenché des opérations militaires aux frontières orientales de la Turquie.

La délégation arménienne, conduite par Bogos Nubar Pacha, tentait alors de faire accepter le maximum de ses revendications à la conférence de la Paix, à Paris, et, dans le cadre du partage des terres turques, on projetait de donner aux Arméniens une grande partie du territoire d’Anatolie de l’est et du sud-est. Les pays de l’Entente faisaient pression sur le gouvernement ottoman pour la réalisation de ce projet. Mais le mouvement d’indépendance turque qui prenait naissance en Anatolie, sous la présidence de Mustafa Kemal Pacha, faisait naître chez les Arméniens et les pays de l’Entente un doute quant à l’aboutisse ment de leurs projets.

Dans ce contexte, une publication comme celle du livre d’Andonian pouvait appuyer les efforts tendant à rendre l’opinion publique chrétienne de l’Europe occidentale, des Etats-Unis et surtout des pays de l’Entente plus favorable aux Arméniens. Destinée à discréditer les Turcs - elle avait en outre une chance de nuire au mouvement d’indépendance turque -, elle convenait également aux puissances de l’Entente.

Cet objectif apparaît très nettement dans la préface du Viscount Gladstone, ainsi que dans la lettre d’Armin T. Wegner publiée dans le livre en édition anglaise. En effet, Gladstone écrit:

«Nous sommes sur le point de faire un traité avec le gouvernement turc, coupable d’agissements surpassant en ampleur et en ignominie les plus inimaginables peintures de l’enfer qu’on ait jamais Pu concevoir [6].»

«...le traité qui est à faire doit sauver une fois pour toutes les survivants de cette nation chrétienne des méfaits indescriptibles de la Sublime Porte [7].»

Wegner écrit au président des États-Unis:

«J’en appelle à vous au moment où les gouvernements alliés sont en train de faire, à Paris, des négociations de paix qui détermineront le destin du monde pour de nombreuses décennies. [8]»

«Ce serait une erreur irréparable si les districts arméniens de Russie ne s’unissaient pas aux provinces arméniennes d’Anatolie et de Cilicie pour former un pays commun totalement libéré de l’Autorité turque et ayant un accès à la mer [9].»

Wegner ne manque pas d’ajouter ceci:

«La question arménienne est un problème pour la chrétienté [10].»

Il est clair dans ces conditions que l’objectif n’est pas de «recueillir des données pour l’Histoire», comme le dit Andonian, mais de publier un «livre documentaire», pour servir la cause arménienne.
Ces lignes de la lettre d’Andonian datée du 10 juin 1921 en font également foi:

«A la fin, j’ai été chargé par l’Union nationale arménienne d’Alep de transporter ces documents en Europe et de les remettre à la Délégation nationale arménienne après la Conférence de la paix, comme il était mentionné dans le laissez-passer qui m’a servi de passeport, délivré par les autorités militaires françaises à Alep [11].»

Par ailleurs, Andonian, dans son zèle à défendre la cause des Arméniens, apporte beaucoup de soin à accuser tous les Turcs sans exception:

«...Tout Turc s’était livré à une joie sadique quand tout un peuple était égorgé avec une barbarie inconnue dans l’histoire [12]»

« Peut-on montrer un Turc qui n’ait point profité de ces pillages? Peut-on montrer une maison turque qui ne détienne une femme, une fille ou un garçon arméniens ravis? [13]»

A cette époque, accuser les Allemands, alliés des Turcs, de laisser ceux-ci «massacrer les Arméniens» et même de les encourager à ce «massacre» renforcerait les Arméniens dans les démarches qu’ils entreprenaient auprès des pays de l’Entente. Suivant cette logique, Andonian porte contre l’Allemagne et les Allemands de graves accusations dans l’édition française de son livre.

Dans l’édition anglaise, on ne trouve pas grand-chose de semblable. L’idée de choisir l’édition française vient sans doute du fait que les Français étaient beaucoup plus montés contre les Allemands que les Anglais, et que la Conférence de la paix se tenait à Paris. Une autre explication qui vient à l’esprit, c’est qu’Andonian n’a pas voulu mettre dans l’embarras Armin T. Wegner, de nationalité allemande, qui avait contribué à la publication du livre en anglais.
A ce propos, Andonian, dans sa lettre datée du 26 juillet 1937, avoue:

«Il faut encore avoir en vue cette circonstance qu’à cette époque pour se faire entendre dans les pays de l’Entente, il fallait inévitablement dire quelque chose de désobligeant sur le compte de l’Allemagne [14].»


On voit qu’il faut s’attendre à toutes sortes de machinations contre les Turcs de la part d’Andonian et de son entourage.


 

4- D ‘où proviennent les «documents» du livre d’Andonian?
Andonian explique qu’il tenait les «documents» de Naim Bey, qui était, prétendait-il, le secrétaire principal du Bureau ottoman de l’installation à Alep:

«C’est un Turc qui parlera par mon intermédiaire, un Turc qui a rempli long temps une fonction importante dans une administration créée spécialement pour le massacre général du peuple arménien, et qui eut entre les mains tous les ordres officiels ainsi que les rapports concernant l’exécution de ces ordres. Ce Turc, c’est Naim Bey, l’ancien secrétaire principal de l’administration des déportés à Alep [15].»

Andonian dit qu’il connaissait depuis longtemps Naim Bey, qui avait beau coup aidé les Arméniens, et il le présente comme un homme occupant une importante fonction, consciencieux et bon.

Dans le livre, on trouve ces informations sur la personnalité de Naim Bey et sur les moyens par lesquels il s’est procuré les «documents »:

«Mais non seulement Naim Bey ne nous dénonça pas, mais il n’exigea rien pour le prix de son silence, quand il aurait pu obtenir tout ce qu’il aurait voulu, particulièrement de la part de ces familles qui étaient riches... [16]»

«Étant donné qu’il avait rempli une haute fonction dans l’administration générale des déportés d’Alep, il devait connaître beaucoup de choses et même toutes les choses qui m’intéressaient. Je croyais que la promesse d’une récompense pécuniaire pourrait peut-être le décider à un long aveu... Mais dès une première entrevue avec Naim Bey, je fus convaincu que je m’étais trompé sur son compte. Bien que sa situation pécuniaire ne fût pas très brillante, Naim Bey déclina toute offre d’argent [17].»

«La perspective d’argent ayant été écartée, il était difficile de le pousser aux aveux. Le sentiment turc étant très vif chez lui, il appréhendait de donner, par ses révélations, un coup de grâce à sa race, qui allait, à la suite de sa défaite, expier tous les crimes dont elle s’était rendue coupable pendant la guerre. Bien plus que ma prière et mon insistance, la visite des femmes arméniennes qui par dizaines venaient me raconter et me faire enregister le souvenir de leurs douleurs et de leurs tortures, et que je lui communiquais à mesure, délièrent la langue de Naim Bey [18].»

«Indépendamment de ses souvenirs personnels, Naim Bey nous remit un grand nombre de documents qui seront d’une utilité de premier ordre pour l’Histoire [19]»

«Une partie de ces documents a été transcrite au fur et à mesure de ses souvenirs, et les plus importants ont été photographiés dans le présent travail [20].»

Il ressort de ces passages que l’acquisition des «documents» par Andonian avait été difficile et qu’elle n’était due qu’à des scrupules de conscience de Naim Bey, lequel n’était pas intéressé par l’argent.

Andonian, dans sa lettre écrite le 10 juin 1921 aux avocats de Tehlirian (l’assassin de Talât Pacha), répète tout ce qu’il avait dit jusqu’alors et poursuit:

«Naim Bey était un homme foncièrement bon et inoffensif, et les Arméniens qui se trouvaient à Alep et en d’autres lieux, même pendant la guerre, avaient eu maintes fois la preuve de sa bonté et de son amabilité envers eux et envers leurs compatriotes déportés. [21]»

Or dans sa lettre datée du 26juillet 1937, il donne les renseignements ci-dessous, qui viennent contredire ceux de son livre et de sa lettre du 10 juin 1921 sur la personnalité de Naim Bey et sur la façon dont il s’est procuré les «documents»:

«Il y avait des choses que je ne pouvais pas divulguer ni dans mon livre ni aux avocats de Tehlirian pour ne pas discréditer la personnalité de Naim Bey, qui n’était pas bien propre... Il était d’autre part très mal vu comme fonctionnaire... C’était un buveur et un joueur invétéré, et ce sont justement ces vices qui l’ont poussé à la trahison. La vérité est que nous avons acheté tout ce qu’il nous a procuré comme documents [22].»

«C’est dans ces circonstances que Naim Bey suggéra à quelques familles aisées de fuir à Alep, en promettant de leur faciliter la chose, naturellement moyen nant finance [23]»

«J’ai tracé dans mon livre un portrait tout différent de Naim Bey, et le rétablissement de la pure vérité, en ce qui le concerne, ne peut servir à rien. Naim Bey était un être complètement amoral [24].»

Comme on le voit, Andonian écrit cette fois-ci que Naim Bey était buveur, joueur, tout à fait malhonnête et qu’il aimait l’argent. Quant aux documents, ils avaient été achetés.

On se demande pour quelle raison Andonian, alors qu’il avait donné une image favorable de Naim Bey dans son livre et dans sa lettre du 10 juin 1921, avait caché la «vérité» pendant dix-sept ans!

La première réponse qui s’impose est que c’est probablement pour ne pas faire naître de doutes sur la personnalité de Naim Bey, donc sur ses «Mémoires» et sur les documents qu’il avait vendus. Il y allait de la crédibilité de ces derniers. Andonian était sans doute conscient du fait que les «Mémoires» d’un homme malhonnête, alcoolique et joueur, ne trouveraient guère de crédit.

Andonian, qui avoue la «vérité» dix-sept ans plus tard, dans une lettre particulière, souligne qu’il avait agi ainsi pour ne pas discréditer la «personnalité de Naim Bey». On ne peut que s’interroger sur l’intention d’Andonian: voulait-il renforcer la crédibilité de Naim Bey ou plutôt celle de son livre et de ses «documents»?

Considérant la cause servie par le livre, on comprend clairement le but poursuivi par l’auteur. Ainsi, le dernier coup qui frapperait «la race turque» ne viendrait pas de Naim Bey, mais serait porté par Andonian et les milieux qu’il représente.

Quant à la date de l’obtention des «documents», Andonian en donne des différentes dans son livre et dans sa lettre datée du 26 juillet 1937.

Dans son livre, il écrit que c’est à la suite d’une allusion au nom de Naim Bey, après l’arrivée des Anglais à Alep, qu’il s’était procuré les «documents»:

«Et c’est dans ces jours que des amis d’Adana me rappelèrent le nom de Naim Bey et me promirent de l’amener chez moi [25]»

Dans sa lettre datée du 26juillet 1937, Andonian explique que les préparatifs faits pour obtenir les «documents» avaient eu lieu avant l’occupation d’Alep par les Anglais:

« La chute d’Alep était imminente, les Anglais se trouvaient tout près de Damas. J’ai dit à Naim Bey qu’une fois les Anglais à Alep, il pourrait vendre aux autorités arméniennes qui devaient être constituées, et à des prix considérables, toute sorte de documents concernant les massacres. En même temps, je l’ai incité à écrire ses Mémoires sur les affaires arméniennes [26]»

Andonian explique encore d’une façon différente, dans sa lettre du 26 juillet 1937 et dans son livre, pourquoi Naim Bey, qui était fonctionnaire ottoman, était resté à Alep alors qu’il aurait dû quitter la ville avec les autres fonctionnaires avant qu’elle ne fût occupée par les Anglais.
Dans son livre, il dit que Naim Bey était resté à Alep parce qu’il avait la conscience tranquille:

«Le départ des Turcs d’Alep, me dit-il, fut quelque chose comme la fuite des criminels; ma conscience étant tranquille, je n’ai pas voulu suivre ces criminels et je suis resté [27]»

Dans sa lettre du 26 juillet 1937, Andonian explique que la raison pour laquelle Naim Bey était resté à Alep était due à la proposition qui lui avait été faite auparavant pour la vente des «documents»:

«C’est pour cette raison qu’il resta à Alep [28].»

Il donne encore deux versions différentes pour expliquer le fait que les «documents» aient Pu rester en possession de Naim Bey. Il écrit dans son livre que Naim Bey redoutait d’éventuelles représailles et avait, pour cette raison, conservé quelques «documents»:

«...Naim Bey, en nous livrant les documents qui lui avaient passé par les mains lors de son emploi... et dont il avait conservé quelques-uns, redoutant peut-être une responsabilité ultérieure... [29]».

Or, dans sa lettre du 26juillet 1937, il explique que les «documents» n’avaient pas été conservés pour l’aider éventuellement à se disculper, mais avaient été volés pour être ensuite vendus:

«... Les Arméniens constituèrent une Union nationale qui s’empressa d’acheter... les documents dérobés par Naim Bey [30].»

Le fait qu’Andonian donne, dans son livre et dans ses lettres, des explications qui se contredisent et qu’il raconte nombre d’événements de façon différente ne peut qu’éveiller le doute du lecteur.

Quant au comité Dachnak, malgré l’explication d’Andonian dans sa lettre du 26 juillet 1937, il insiste sur le fait que les «documents» ont été obtenus grâce à l’autorisation de consulter les archives ottomanes sur la déportation des Arméniens, autorisation donnée à une délégation arménienne par les autorités ottomanes, après la chute d’Alep [31].

Tout de suite après cette allégation, on lit dans le livre intitulé «Justicier du génocide...»:

«La délégation [arménienne] ne rencontra aucune résistance et même le secrétaire en chef du service de la déportation à Alep, Naim Bey, tenant compte de la nouvelle situation qui s’était créée, n’hésita pas à aider ces messieurs dans leurs recherches, sans doute pour se dégager de la responsabilité qui pesait sur le gouvernement turc [32].»

Que la délégation arménienne n’ait pas été tentée d’obtenir cette autorisation auprès des forces d’occupation, puisque Alep était sous leur contrôle, est évidemment incompréhensible. De plus, Andonian, dans son livre et dans ses deux lettres, ne parle d’aucun contact avec les autorités ottomanes, et ne mentionne que le nom de Naim Bey au sujet des «documents». Ce qu’allègue le comité Dachnak soixante et un ans après la parution du livre d’Andonian peut trouver son explication dans l’intention de rendre les «documents» beaucoup plus officiels en soulignant l’existence d’une «autorité turque». Il est intéressant de constater que la lettre contradictoire d’Andonian est publiée dans ce même livre du comité Dachnak.

Alors, il faut poser la question: est-ce Andonian ou le comité Dachnak qui détient la vérité? Ou ne doit-on croire ni l’un ni l’autre?

Voici un autre point à souligner: Andonian écrit qu’il avait rencontré Naim Bey au début de l’année 1916:

«Je l’avais rencontré au commencement de 1916, à Meskene [33].».

Il donne la parole à Naim Bey («Mémoires»):

«Je suis allé à Meskene... Pendant que j’étais encore à Alep, le télégramme suivant arriva de Constantinople (?stanbul)... [34]»

La date de ce télégramme, qui vient prétendument d’Istanbul, est le 1er décembre 1915. On comprend donc que Naim Bey est allé à Meskene pendant le mois de décembre 1915 ou, au plus tard, au cours des premiers jours de janvier 1916.

S’il était envoyé d’Alep à Meskene, «c’était pour qu’il réprimande les responsables du Bureau de l’installation qui n’avaient pas fait convenablement leur devoir pour massacrer les Arméniens. Au besoin, il devait tuer les Arméniens de ses propres mains».
Andonian fait dire ceci à Naim Bey:

«... Eyoub Bey me fit demander: “... Naim Effendi, me dit-il, nous n’eûmes à nous louer d’aucun des fonctionnaires des déportations envoyés à Meskene; vous vous êtes trouvé dans l’affaire et vous êtes au courant des ordres reçus; tâchez de ne pas laisser vivants ces gens [les Arméniens]; au besoin, tuez-les de vos propres mains; c’est un plaisir que de les tuer.” [35].»

On apprend aussi par Andonian que non seulement Naim Bey n’avait pas fait son devoir, mais encore qu’il avait aidé les Arméniens. Il avait donc été révoqué:

«Mais Naim Bey n’était pas l’homme qu’il fallait pour une telle besogne, parce qu’il n’était pas un homme méchant. Il organisa pour la forme quelques convois vers Der Zor, mais bientôt on le révoqua, déçu de son activité [36]»

«Nous savons déjà que Naim Bey fut bientôt révoqué... [37]»
 
Cela veut dire que Naim Bey avait révoqué peu après son arrivée à Meskene. On comprend que cette mesure date du début de 1916.

Or on a déjà vu qu’Andonian écrivait dans son livre que les «documents» étaient en possession de Naim Bey. Andonian prétend encore la même chose dans sa lettre du 10 juin 1921:

«Les documents reproduits dans mon livre... se trouvaient en possession de Naim Bey qui avait été secrétaire de la sous - direction des déportés à Alep [38].»

Dans sa lettre du 26 juillet 1937, il prétendait pourtant que «Naim Bey avait volé les documents pour les vendre à la délégation arménienne lors de la chute d’Alep ».
La conséquence qu’on peut en tirer est la suivante:

Naim Bey avait été révoqué au début de 1916. Alep était passé aux Anglais en octobre 1918. Ainsi, Naim Bey aurait donné les «documents» à Andonian deux ans et demi après sa révocation.

Il est difficile d’expliquer qu’un fonctionnaire révoqué, «écoutant la voix de sa conscience» ou «craignant une éventuelle responsabilité», ait conservé des «documents» plus de deux ans et demi. Car, comme il avait la «conscience tranquille» - il avait aidé les Arméniens et avait été révoqué à cause de cela - il n’avait aucune raison de craindre d’éventuelles représailles.

En outre, rien n’indique que Naim Bey ait été assez prévoyant pour pouvoir deviner ce qui pourrait se passer deux ans et demi plus tard.

Si l’on s’en tient à la seconde explication d’Andonian, on n’arrive pas à corn prendre comment Naim Bey aurait pu voler les «documents» en pénétrant secrètement dans le Bureau de l’installation. En effet, Andonian lui-même prétend que le gouvernement jeune-turc aurait fait disparaître tous les documents con cernant le «massacre des Arméniens»:

«Le gouvernement jeune-turc ayant fait disparaître les documents concernant les massacres, les preuves officielles nous faisaient défaut. C’est cette lacune que combla Naim Bey en nous livrant ces documents... [39]»

Puisque les documents avaient été partout détruits, comment Naim Bey aurait il pu s’emparer de ceux qui l’intéressaient, en s’introduisant dans une administration dont il avait été révoqué? C’est bien difficile à croire.

Par ailleurs, quel besoin pouvaient avoir les Arméniens d’un «voleur» comme Naim Bey? Les forces de l’Entente qui se trouvaient à Alep pouvaient s’emparer elles-mêmes de tels «documents» soit pour leur propre compte, soit pour celui des Arméniens.

Ces explications suffiraient à détruire toute la théorie d’Andonian. Aussi comprend-on que l’auteur compense lui-même, par Naim Bey interposé, l’absence de «preuves officielles».


 
5 - Les «documents» sont-ils authentiques?
Andonian prétend que les «documents» obtenus par Naim Bey sont des «documents officiels et authentiques». D’ailleurs, le but de son livre est de publier les «preuves officielles pour accuser les Turcs»:

 Andonian prétend que les «documents» obtenus par Naim Bey sont des «documents officiels et authentiques». D’ailleurs, le but de son livre est de publier les «preuves officielles pour accuser les Turcs»:

 

«Les documents officiels sont des télégrammes ministériels, des ordres des gouverneurs de provinces, des notes officielles envoyées par le comité Union et Progrés... [40]»

Dans le livre, il n’y a rien qui explique quels travaux et quelles recherches ont permis d’établir que les «documents» étaient off?ciels et authentiques. Andonian se contente de dire qu’il sont «officiels et authentiques».

Cette lacune ne lui échappant pas, il tente de la combler en donnant de nouvelles informations dans sa lettre du 10 juin 1921, écrite aux avocats de Tehlirian. Pour convaincre de «l’authenticité des documents», il s’appuie sur les «apostilles» et la «signature» du préfet d’Alep, Mustafa Abdulhalik Bey, apposées sur certains «documents», assurant en outre avoir vu leurs «originaux».
Sa lettre dit ceci:

«Il n’y a aucun doute que ces documents étaient extraits des dossiers de la sous - direction des déportés à Alep, puis le préfet (vali) d’Alep, après avoir fait déchiffrer les ordres chiffres qu’il recevait du ministre de l’Intérieur (Talât Pacha) au sujet des Arméniens, transmettait les textes déchiffrés, avec une apostille signée et datée de sa main, à la sous - direction des déportés qui devait les exécuter et dont Naim Bey était le secrétaire.»

«Quand Naim Bey a consenti à nous transmettre ces documents, l’Union nationale arménienne d’Alep, qui était une institution officielle, a fait expertiser l’écriture et la signature avec lesquelles les documents en question étaient apostillés. L’expertise dura toute une semaine. On a eu sous les yeux d’autres documents signés et apostillés par le préfet Mustafa Abdulhalik Bey et on a soigneusement comparé même les détails les plus minimes. A la fin, et sans aucune contradiction, les apostilles qui se trouvaient sur ces documents ont été reconnues comme la propre écriture et la signature du préfet Mustafa Abdulhalik Bey, ce qui ne laissait aucun doute au sujet de l’authenticité des documents.»

«Après avoir fait une conviction absolue sur l’authenticité de ces documents et, d’autre pant, considérant que j‘étais très au courant des massacres et des atrocités commis, puisque moi-même j‘avais vécu deux années de suite dans ces horreurs, l’Union nationale m’a changé de choisir parmi les documents se trouvant en la possession de Naim Bey ceux qui pourraient d’une manière éclatante établir les responsabilités dans les massacres arméniens.»

«De ces documents j ‘al choisi les plus importants... [41]»

Dans la lettre d’Andonian datée du 26 juillet 1937, on trouve à ce sujet:
«...Les Arméniens constituèrent une Union nationale qui s’empressa d’acheter, après maints examens, les documents dérobés par Naim Bey... [42]»

Ces passages, extraits des textes d’Andonian, appellent la mise au point suivante:
a) Parmi ces documents, il n’existe pas d’ordre de massacre portant la signature manuscrite de Talât Pacha, contrairement à la conviction de certains milieux étrangers qui s’intéressent à cette question.
b) L’authenticité des «documents» fournis ou volés par Naim Bey n’est établie qu’indirectement, par les apostilles et la signature du préfet Mustafa Abdulhalik Bey. Dans ce cas, Si la vraie signature de Mustafa Abduihalik Bey est différente de celle qui se trouve sur les «documents» d’Andonian, la fausseté des «documents» deviendra évidente.
c) Estimant que ses explications seraient insuffisantes à prouver l’authenticité des «documents», Andonian jure qu’ils sont authentiques, affirme que l’Union arménienne d’Alep, qui avait procédé à l’expertise, est une institution officielle et éprouve le besoin de les renforcer en prétendant avoir vécu les événements auxquels ils se rapportent.

L’institution qui avait réalisé «l’expertise» est une organisation arménienne qui était impliquée directement dans la question turco - arménienne et qui voulait fonder une Grande Arménie sur le territoire turc, en utilisant tous les moyens pour y parvenir.

Aucune autorité responsable étrangère ou neutre n’assistait à cette «expertise» pour en attester la bonne foi. Donc, cette «expertise» fut une affaire entre Andonian et l’Union arménienne d’Alep. On ne parvint pas à trouver une autre source susceptible de confirmer leurs dires.

Or Andonian et l’Union arménienne avaient à leur portée une occasion unique: ils n’ignoraient pas que les autorités anglaises, qui avaient occupé Alep, et les autorités françaises, qui avaient pris l’administration d’Alep des mains des Anglais, cherchaient des «coupables» et qu’après la reddition des Ottomans ils avaient arrêté parmi les dirigeants de l’Empire ceux qu’ils tenaient pour responsables des «déportations arméniennes».

De ce fait, on se demande pourquoi l’Union arménienne n’aurait pas intéressé les autorités responsables anglaises et françaises à l’expertise ou encore pourquoi, l’expertise ayant été effectuée par elle-même, elle ne les en aurait pas fait bénéficier.

Comme il est évident que les Arméniens n’avaient pas l’intention de garder cette grande «découverte» pour eux-mêmes, mais qu’ils voulaient s’en servir auprès des pays de l’Entente, on aimerait bien savoir Si une telle expertise a réellement été effectuée.

Cela n’empêche pas le comité Dachnak d’insister encore sur «l’expertise» et sur «l’authenticité» des «documents», soixante et un ans après la publication du livre d’Andonian.
 
Dans la publication du comité Dachnak «Justicier du genocide...» on trouve ces lignes:

«Aram Andonian prit part à l’examen du dossier et se choisit les documents les plus importants dans l’espoir de les publier un jour dans un grand ouvrage, comme cela s’est passé d’ailleurs [43].»

Comme on le voit, le comité Dachnak ne se réfère qu’au seul Andonian, en l’absence de toute autre source pouvant confirmer les dires de celui-ci.

D’ailleurs, Andonian trouve normal, lui aussi, que l’on mette en doute ce qu’il avait écrit sur «l’authenticité des documents» et accepte que ce qu’il avance n’ait qu’une valeur unilatérale et subjective. Il traite de ce problème dans sa lettre du 26 juillet 1937:

«Naturellement, la question de leur authenticité a été soulevée à Berlin dès nos premières entrevues avec les avocats de Tehlirian. Le 10 juin 1921, je leur ai remis une petite note au sujet de la provenance de ces documents... Cette note, n’ayant qu’une valeur unilatérale, ne pouvait pas résoudre la question... [44]»

Ce qui veut dire que le livre d’Andonian et la note qu’il avait donnée aux avocats ne constituaient pas une preuve suffisante pour établir «l’authenticité des documents». Il fallait d’autres témoignages.

Le moyen trouvé par les milieux arméniens, à 1’occasion du procès de Tehlirian, consista à prendre l’avis du Dr W. Rössler, qui paraît-il avait été consul d’Allemagne à Alep pendant toute la Première Guerre mondiale, en lui faisant examiner les «documents» par l’intermédiaire du Dr Johannes Lepsius, connu comme un homme très proche des Arméniens et ayant agi pour la mission protestante allemande à Istanbul.

Andonian en parle en ces termes, dans sa lettre datée du 26 juillet 1937:
«...et les avocats de Tehlirian avaient soumis mon livre et les documents reproduits à l’examen d’un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, M. W. Rössler, qui avait été consul d’Allemagne à Alep pendant toute la durée de la guerre... Le rapport de M. Rössler, qui est en ma possession, m’a été donné par le regretté Dr Lepsius, à condition que je n’en fasse jamais mention publiquement sans avoir pris au préalable l’autorisation écrite du consul Rössler [45].»

Le comité Dachnak répète la même chose dans sa publication «Justicier du génocide...»:
«Les avocats de Tehlirian..., avant de se servir de ces documents et de les présenter au tribunal, s’étaient assurés de leur authenticité. Ils s’étaient adressés à un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, W. Rössler, qui... avait été témoin oculaire des atrocités commises contre les Arméniens [46].»

W. Rössler donne son avis sur les «documents» du livre d’Andonian dans une lettre datée du 25 avril 1921, adressée au Dr Lepsius, qui assurait la liaison entre les avocats de Tehlirian et lui-même.

Rössler, dans sa lettre supposée authentique, énumérant les erreurs et les inconséquences du livre d’Andonian et des «documents» prétendument «authentiques», écrit ceci:

«L’auteur, selon moi, n’est pas capable d’être objectif; il se laisse entraîner pan sa passion... [47]»

«Abstraction faite de ces remarques, je dois dire que le contenu du livre laisse dans son ensemble une impression d’authenticité. Les documents publiés correspondent bien à la manche des événements et paraissent offrir une absolue vraisemblance [48]»

«L’authenticité des télégrammes envoyés de Constantinople (Istanbul) et contenant les instructions du ministère de I’Intérieur est naturellement très difficile à établir, car ils ne portent que l’écriture des fonctionnaires du Télégraphe ou de la personne chargée du déchiffrement [49].»

«Sur l’authenticité ou l’inauthenticité de la lettre particulièrement importante, qui a précédé toutes les déportations, que le comité jeune-turc avait adressée à son représentant à Adana, Cemal Bey, en date du 18 février 1915 (p. 96 du livre), de même que sur les autres lettres du Comité, je ne puis rien dire et ne vois pas non plus comment leur authenticité pourrait être prouvée [50].»

Rössler, qui met l’accent sur le fait qu’Andonian ne pouvait être objectif et qu’il était mû pan la passion, souligne qu’il est difficile de prouver l’«authenticité des documents» et dit qu’il ne voit pas pan quel moyen cela serait possible. Néanmoins, il pense que le contenu d’ensemble du livre donne une impression d’«authenticité».

Comme on le voit, Rössler ne peut adopter une position nette.
L’impression d’«authenticité» ne ressort pas des «documents» en particulier, mais de l’ensemble du livre. Or on comprend par la lettre d’Andonian du 26 juillet 1937 combien l’ensemble du livre est éloigné de 1’«authenticité». Il ne faut pas non plus négliger l’influence de la pression morale exercée par les milieux arméniens soit directement, soit par l’intermédiaire du Dr Lepsius, sur les déclarations de Rössler.

Comme Rössler ne parvient pas à confirmer l’«authenticité des documents», Andonian se sent obligé de faire une autocritique. Il écrit, dans sa lettre du 26 juillet 1937:

«Ce rapport est en allemand. Il contient beaucoup de critiques sur la composition de mon ouvrage, qu’il considère comme dénué de toute objectivité. Par ailleurs, il en réfute la plupart des passages qui concernent la conduite des Allemands se trouvant en Turquie pendant la guerre. Certes, il a raison dans la plupart des cas qu’il souligne. Il oublie seulement que mon ouvrage n‘était pas un travail historique, mais avait un but de propagande et, naturellement, il ne pouvait pas être exempt des imperfections inhérentes à cette sorte de publication... J’ajoute encore ceci qu’au cours de la publication de mon livre, l’Armenian Bureau de Londres et la Délégation nationale arménienne de Paris, pour les besoins de la cause qu‘ils défendaient, se sont comportés un peu trop cavalièrement avec mon manuscrit [51]»

On soulignera l’importance de cette citation. Can, en reconnaissant les erreurs qu’il a commises, Andonian confesse que son livre n’est pas un ouvrage historique, mais une œuvre de propagande. Il se plaint même que les milieux arméniens de Londres et de Paris utilisent son livre à leur façon. Autrement dit, l’utilisation exagérée de son livre et, pan là, des «documents», finissent pan le gêner.

Ces lignes écrites par Andonian pour Se défendre, des années après la parution de son livre, en ébranlent les fondements et les «documents» qu’il contient.

Can enfin, puisque l’auteur avoue lui-même avoir fait œuvre de propagande, comment ne pas imaginer que les «documents» ont été fabriqués dans le même but?

Quant au comité Dachnak, il continue à croire à 1’«authenticité des documents», malgré la lettre de Rössler disant qu’il ne pouvait pas se prononcer sur ce point:

«M. Rössler répondit par un long rapport qui concluait à l’authenticité des documents [52]»



6 - Le procès de Tehlirian et les «documents»
Soghomon Tehlirian est le terroriste arménien qui assassina Talât Pacha à Berlin le 15 mars 1921.

 

Son procès eut lieu à Berlin les 2 et 3 juin 1921. Il fut acquitté lorsque à la question posée: «l’accusé Soghomon Tehlirian est-il coupable d’avoir tué avec préméditation Talât Pacha le 15 mars 1921 ?», les jurés répondirent négativement.

Le Code pénal allemand de cette époque n’avait pas autorisé la veuve de Talât Pacha à assister au procès en tant que partie civile, et elle n’était même pas représentée par un avocat. C’est dire que les droits de la victime n’étaient pas défendus.

Par ailleurs, au procès, on n’avait guère entendu que des témoins arméniens; tous avaient témoigné en faveur de Tehlirian, faisant son éloge en tant qu’individu, plaidant qu’il était de nature maladive et qu’il avait commis ce crime sous l’influence des événements passés.

Ces éléments avaient joué un rôle important dans la décision d’acquittement prise par les jurés.
 
La vérité, connue aujourd’hui, est que le crime avait été prémédité et commis sur ordre du comite Dachnak.

Il avait ouvert la voie à bien d’autres: l’un des anciens Premiers ministres ottomans, Saïd Halim Pacha, a été assassiné le 6 décembre 1921 à Rome, l’un des dirigeants du comité Union et Progrès, Behaeddin ?akir Bey, et l’ancien préfet de Trabzon, Cemal Azmi Bey, ont été assassinés le 17 avril 1922 à Berlin, l’ancien ministre de la Marine, Cemal Pacha, a été assassiné le 25 juillet 1922 à Tbilissi, tous victimes des hommes de main du comité Dachnak.

Aujourd’hui, la propagande et le terrorisme arméniens ont fait de ces assassins des «héros nationaux».

Tehlirian vécut paisiblement et dans l’aisance, grâce à ce que les milieux arméniens lui avaient payé pour ce crime, et il mourut en 1960.

Les milieux étrangers, qui s’intéressaient au dossier arménien, sont généralement convaincus que les «documents» du livre d’Andonian ont été considérés comme authentiques par le tribunal allemand qui avait jugé Tehlirian et que même leur authenticité avait été prouvée.

Cette conviction vient du fait que les avocats de Tehlirian avaient voulu utiliser ces «documents» comme preuves au procès et, dans ce dessein, les avaient présentés au tribunal.

Or on verra par l’extrait du procès-verbal du procès de Tehlirian cité ci-dessous que ce n’est pas exact:

« Le défenseur von Gordon: Mon devoir m’oblige à répondre à ce que vous avez avancé en montrant 5 dépêches de la direction d’Alep.

(Le conseiller privé von Gordon va mettre ces dépêches sur la table.)

«En demandant qu’on les considère comme des preuves, je vais lire ici deux de ces dépêches; M. le professeur Lepsius les a vérifiées.

(Il a été vu plus haut que les vérifications n’avaient pas été faites par Lepsius, mais s’appuyaient sur la lettre de Rössler et que ce dernier n’avait pas pu se prononcer sur l’authenticité des «documents».)

«Le président: En les lisant ici, vous leur enlèverez leur valeur de preuve.

«Le défenseur von Gordon: Mais je dois au moins dire leur sens... Quant à l’authenticité de ces dépêches, le témoin Andonian pourrait la confirmer. (Comme on le voit, l’«authenticité» est encore attribuée à Andonian.) Je ne devrais faire vérifier les preuves que si les jurés n’étaient pas convaincus.

«Le procureur: Je vous prie de refuser la vérification... Je pense aussi qu’il ne peut être question ici, dans ce tribunal, de la responsabilité de Talât. Car on prononcerait un jugement historique pour lequel il faudrait davantage de matériel que celui dont nous disposons.

«Le défenseur von Gordon: Après cette prise de position du ministère public et l’influence qu’elle a eue sur Messieurs les jurés, je crois que c’est le cœur gros que je vais me passer de cette demande de vérification.

 «Le président: Cette question est donc réglée [53].»

Comme le montre nettement le procès-verbal, les «documents» d’Andonian n’ont pas été utilisés ou acceptés comme preuves au tribunal, et leur authenticité n’a nullement été reconnue. La thèse selon laquelle les «documents» aunaient été approuvés par le tribunal et reconnus comme officiels et sûrs est sans fonde ment. Les «documents» n’ont pour toute valeur que celle d’une œuvre personnelle d’Andonian.

Le comité Dachnak, révélant pour une fois la vérité, dit:

«Ces télégrammes furent transmis par la défense au tribunal. Cependant, on renonça à les utiliser au procès, comme l’avait proposé la défense, après que le président, sur un avis exprimé par les jurés, eut expliqué à l’accusé... [54]»

On relève aussi dans le procès-verbal ces propos intéressants du procureur sur la crédibilité des documents:

«L’utilisation des documents produits ne peut pas non plus m’induire en erreur. Je sais en tant que procureur comment de tels documents pontant des signatures de hautes personnalités sont apparus chez nous lors des troubles révolutionnaires et comment on a montré pan la suite qu’ils étaient falsifiés [55].»

Ainsi, le procureur confirme ce qu’on vient de voir jusqu’ici et replace à leur juste valeur les «documents» d’Andonian.

Malgré cette mise au point faite en 1921, les milieux arméniens persistent à insister sur l’«authenticité» des «documents».


 

7- Où sont les originaux des «documents»?
On l’a montré précédemment, Andonian écrit avoir vu les originaux de tous les «documents» produits dans son livre et 14 «photographies» seulement de ces «documents» ont été publiées dans les éditions anglaise et française du livre.

Si, aujourd’hui, des experts voulaient étudier les originaux de ces «documents», ils se poseraient d’abord la question suivante: où se trouvent-ils?

La lettre d’Andonian datée du 26 juillet 1937 révèle le fin mot de l’histoire:
«Les originaux des télégrammes reproduits dans mon livre se trouvaient à Londres, chez l’Armenian Bureau que les notables arméniens de Manchester avaient chargé de publier mon rapport en anglais... Je quittai Londres avant sa publication, et je n’ai pu prendre avec moi que quelques-uns des originaux dont les clichés zincographiques étaient prêts. Les autres restèrent à Londres pour la préparation des clichés, et je les avais complètement oubliés, jusqu’au jour où Abdulahad Nuri Bey, ancien sous-directeur général des déportés à Alep, qui était entré comme fonctionnaire dans le département de la Marine à Constantinople (Istanbul), a été arrêté dans cette vile sur la demande du Dr A. Nakachian. C’était en août 1920... [56]»
 
«En vue de ce procès, le Dr Nakachian, par l’intermédiaire de Mgr Zaven, patriarche de Constantinople (Istanbul), s’était adressé à Bogos Nubar Pacha, président de la Délégation nationale arménienne, le priant d’intervenir auprès de moi pour que j’envoie au patriarcat les originaux des documents reproduits dans mon ouvrage. J’ai reçu à ce sujet une lettre de Bogos Nubar Pacha et j’ai écrit immédiatement à l’Armenian Bureau de Londres pour qu’ils envoient au patriarcat tous les originaux qui se trouvaient chez eux, ce qu’ils firent. En même temps, j‘envoyai au patriarche un long mémoire écrit au crayon pan Naim Bey, concernant Abdulahad Nuri Bey... ainsi que quelques-uns des originaux dans lesquels Abdulahad Nuri Bey était mentionné et qui se trouvaient chez moi.»

«Le procès n’a pourtant pas eu lieu [57].»
« Quant aux documents envoyés au patriarcat, soit de Londres soit directement par moi, et qui étaient versés au dossier du procès intenté à Abdulahad Nuri Bey, ils sont restés naturellement là-bas. Je n’ai jamais su ce qu’ils sont devenus [58]»

Ainsi, Andonian prétend que tous les originaux des «documents» qui se trouvaient au Bureau arménien de Londres, certains «originaux» qu’il possédait, et les «Mémoires» de Naim Bey écrits au crayon ont disparu et qu’ils sont probablement perdus. La plupart des «originaux» n’existent donc plus aujourd’hui.

En ouvrant ici une parenthèse, il serait utile d’examiner pourquoi, selon Andonian, Abdulahad Nuri Bey n’a pas été jugé.

Andonian prétend qu’Abdulahad Nuri Bey était le frère du ministre des Affaires étrangères, Yusuf Kemal Bey, dans le gouvernement de l’Assemblée nationale d’Ankara, que Yusuf Kemal Bey, pour sauver son frère, aunait menacé de faire massacrer «sans pitié» les Arméniens d’Anatolie et aurait pressé le patriarcat arménien et le Dr Nakachian de renoncer au procès:

«Le propre frère d’Abdulahad Nuri, Yusuf Kemal Bey, ministre des Affaires étrangères du gouvernement de la Grande Assemblée, résidant à Angona (Ankara), avait dépêché à Constantinople (Istanbul) l’archimandrite Dadjad, chef religieux des Arméniens de Kastamouni (Kastamonu), en menaçant, si par suite du procès son frère était condamné à être pendu, ce qui était plus que probable, de faire massacrer impitoyablement tous les Arméniens se trouvant dans les régions d’Anatolie soumises au gouvernement kémaliste. Le pauvre archimandrite arménien, convaincu que ce n’était pas une vaine menace, était allé à Constantinople (Istanbul) pour supplier le patriarcat arménien et le Dr Nakachian de se désister du procès [59].»

A la suite de ces lignes, Andonian déclare qu’Abdulahad Nuri Bey avait été remis en liberté, après l’arrivée au pouvoir à Istanbul d’un gouvernement lié au mouvement kémaliste.

On a vérifié qu’Abdulahad Nuri Bey était bien le frère de Yusuf Kemal Bey (Tengin?enk) et qu’il avait été arrêté à Istanbul pan les forces d’occupation anglaises, mais tout ce qu’Andonian prétend pan ailleurs n’a aucun rapport avec la vérité.

En effet, Yusuf Kemal Bey n’était pas ministre des Affaires étrangères du gouvernement de la Grande Assemblée nationale en août 1920, comme le pré tend Andonian. A cette époque, c’est Bekir Sami Bey qui occupait cette fonction. Yusuf Kemal Bey n’y avait accédé que le 15 mai 1921, presque dix mois après la date indiquée par Andonian. Yusuf Kemal Bey ne pouvait donc pas menacer le patriarcat au nom du gouvernement d’Ankara!

En outre, il n’est pas vraiment logique qu’un gouvernement menace de «massacrer» toute une population pour sauver un seul individu.

Si jamais une telle menace avait pu être formulée, le patriarcat et le Dr Nakachian, au lieu de retirer leur plainte, auraient de préférence choisi d’avertir immédiatement les forces d’occupation à Istanbul de cette nouvelle menace de mas sacre, de protester sans répit et de tenter de soulever l’opinion publique d’Europe et des Etats-Unis. On sait que c’est ce qu’avaient fait, en plusieurs occasions, les milieux arméniens d’Istanbul à la même époque.
Or, selon Andonian, le patriarcat et le Dr Nakachian, au lieu de saisir cette occasion unique, avaient tout simplement renoncé au procès...

Il serait utile de dire, dans ce contexte, qu’un bureau gréco - arménien avait été créé, auprès des forces d’occupation, pour étudier cette sorte de plaintes des Arméniens et des Grecs et que ce bureau, sur de faux rapports, avait fait emprisonner plusieurs Turcs.

Par ailleurs, Abdulahad Nuri Bey n’avait pas été libéré «par le gouverne ment d’Istanbul lié au mouvement kémaliste». Une recherche effectuée auprès de ses proches fait ressortir la vérité sur cette affaire:

Abdulahad Nuri Bey, arrêté par les forces anglaises, avait été frappé de paralysie d’un côté de la face. Pour cette raison, on le conduisait de sa prison, sous bonne escorte, à l’hôpital d’Haydarpa?a, sur la côte d’Anatolie.

Un jour, alors qu’on l’accompagnait à l’hôpital, il fut enlevé par un groupe à la tête duquel se trouvait un de ses amis, le Dr Dervi? Bey, déguisé en prêtre orthodoxe grec et emmené sur une banque en Anatolie, à Inebolu, bourgade portuaire sur la partie ouest de la mer Noire. Abdulahad Nuri Bey mourut en 1927, âgé de soixante-trois ans.

Il serait utile de rappeler ici que nombre de Turcs arrêtés ou recherchés sous divers prétextes, sans raison valable, par les forces de l’Entente qui occupaient ?stanbul et différentes régions d’Anatolie, ou par le gouvernement collaborateur d’Istanbul qui agissait avec elles, avaient suivi la même voie qu’Abdulahad Nuri Bey, passant d’Istanbul en Anatolie; d’ailleurs, des organisations avaient été fondées à Istanbul dans ce dessein.

On sait que certains Turcs avaient été déportés à Malte par les forces anglai ses d’occupation, afin d’y être jugés en tant que «coupables des événements arméniens» pour des motifs beaucoup moins importants que les «crimes» reprochés à Abdulahad Nuri Bey.

Selon Andonian, Abdulahad Nuri Bey avait été arrêté en août 1920. Quant aux déportations à Malte, elles ont duré jusqu’en novembre 1920.

Pourquoi les Anglais, ayant capturé un «monstre», selon l’expression d’Andonian, comme Abdulahad Nuri Bey, ne l’ont-ils pas aussitôt expédié à Malte?

La réponse est simplement que les forces anglaises d’occupation, malgré les «documents» envoyés par Andonian et par le Bureau arménien de Londres, n’avaient pas pris au sérieux tout le battage fait autour d’Abdulahad Nuri Bey. Quelle raison y aurait-il aujourd’hui de considérer comme sérieux ce que les Anglais avaient jugé négligeable à l’époque?

Partant d’une relation de parenté et de la réalité d’une détention, Andonian déforme ensuite la vérité et cherche à conclure l’histoire comme cela lui convient.

Mais on sait que cette façon d’agir lui est propre.
On étudiera dans le chapitre suivant comment se termina la chasse aux «coupables des événements arméniens» et quel fut le destin final des déportés de Malte.

Il serait utile de préciser dès maintenant que le préfet d’Alep, Mustafa Abdulhalik Bey, tenu par Andonian pour «un des principaux responsables du massacre arménien», et sur la signature duquel il fonde u’authenticité des «documents», se trouvait parmi les déportés de Malte.

Dans sa lettre du 26 juillet 1937, Andonian parue ainsi du reste des «originaux des documents»:

«Je ne pensais plus à ces documents quand, en avril 1921, si je ne me trompe, j‘ai été convoqué comme témoin à Berlin, par le tribunal de Maobit devant lequel devait se dérouler le procès de l’assassinat de l’ancien grand vizir Talât Pacha... Les avocats de Tehlirian m’avaient prévenu en même temps qu’il serait très utile que, à l’appui de mon ouvrage qu’ils comptaient utiliser au cours du procès, je leur apporte quelques-uns des originaux des télégrammes reproduits dans mon livre.»

«Je suis donc parti à Berlin, ayant avec moi ce qui me restait de ces documents, particulièrement les lettres de Behaeddin ?akir Bey, ainsi que le déchiffrement de quelques télégrammes chiffrés portant l’apostille du vali d’Alep, Mustafa Abdulhalik Bey.»

«Des documents originaux en question, je n’ai trouvé dans mes papiers que la lettre en date du 18 février de Behaeddin ?akir Bey. Sa seconde lettre ainsi que les originaux de quelques télégrammes étaient versés au dossier du procès Tehlirian et ils doivent s’y trouver encore. Après mon retour à Paris, j‘al fait des démarches successives pour les avoir, mais elles sont restées sans résultat. [60]»

Une seule «lettre» de Behaeddin ?akir Bey était donc restée en possession d’Andonian (c’est l’une des deux lettres attribuées au comité Union et Progrès). Le reste des «originaux» a ainsi disparu.
 
En résumé, aujourd’hui, tous les «originaux des documents» d’Andonian sont perdus, du moins est-il impossible d’en trouver ne serait-ce que quelques-uns.

Si l’on prend en considération la tendance d’Andonian à expliquer d’une façon contradictoire les mêmes événements et à déformer la vérité, la question de savoir si les milieux arméniens n’auraient pas fait sciemment disparaître les «originaux», pour que la supercherie des «documents» fabriqués par eux-mêmes ne soit jamais découverte, vient tout de suite à l’esprit.
Comment ne pas se poser la question puisque Andonian avoue lui-même que son livre est une œuvre de propagande?



 

[1] Andonian: << Documents officials… >>, p. 12.
[2] Andonian: << The Memoirs…>>, p. X.
[3] Andonian: << Documents officials… >>, pp. 13-14.
[4] << Justicier du Génocide…>>, p. 225.
[5] Ibid., p. 213.
[6] Andonian: «The Memoirs... », p. VII.
[7] Ibid., p. VIII.
[8] Ibid., p. 73.
[9] Ibid., p. 82.
[10] Ibid., p. 73.
[11] « Justicier du génocide... », p. 225.
[12] Andonian: «Documents officiels... », p. 11. (Rappelons que chaque fois que nous citons Andonian, nous reprenons textuellement, avec la très mauvaise qualité de sa traduction, son ouvrage en langue française.)
[13] Ibid., p. 165.
[14] « Justicier du génocide... », p. 232.
[15] Andonian: « Documents officiels... », p. 12.

[16] Ibid., p. 13.
[17] Ibid., p. 14.
[18] Ibid., pp. 14-15.
[19] Ibid., p. 15.
[20] Ibid., p. 16.
[21] « Justicier du génocide... », p. 224.
[22] Ibid., p. 234.
[23] Ibid., p. 235.
[24] Ibid., p. 237.
[25] Andonian: << Document officials…>>, p. 13.
[26] << usticier du génocide…>>, p. 237.
[27] Andonian: « Documents officiels... », p. 14.
[28] « Justicier du génocide... », p. 237.
[29] Andonian: « Documents officiels... », p. 16.
[30] « Justicier du génocide... », p. 237.
[31] Ibid., p. 213.
[32] Ibid., p. 213.
[33] Andonian : « Documents officiels... », p. 12.
[34] Ibid., p. 77.
[35] Ibid., p. 77.
[36] Ibid., pp. 12-13.
[37] Ibid., p. 79.
[38] « Justicier du génocide... », p. 224.
[39] Andonian: « Documents officiels... », p. 16.
[40] Ibid., p.15.
[41] << Justicier du genocide…>>, pp. 224-225.

[42] Ibid., p. 237.
[43] Ibid., p. 213.
[44] Ibid., p. 232.
[45] Ibid., p. 232.
[46] Ibid., p. 15.
[47] Ibid., p. 226.
[48] Ibid., p. 227.
[49] Ibid., p. 228.
[50] Ibid., pp. 228-229.
[51] Ibid., p. 232.
[52] Ibid., p. 15.
[53] Ibid., pp. 137-139.
[54] Ibid., p. 213.
[55] Ibid., p. 161.
[56] Ibid., p. 230.
[57] Ibid., pp. 230-231
[58] Ibid., p.231
[59] Ibid., p.231.
[60] Ibid., pp. 231-232-233.

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- Les Telegrammes de Talât Pacha
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