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Chapitre II Les «Documents» D?Andonian

ŞİNASİ OREL*
Les Telegrammes de Talât Pacha
 

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LES «DOCUMENTS» D’ANDONIAN

CHAPITRE IILES «DOCUMENTS» D’ANDONIAN

 

Dans le premier chapitre, on a vu en détail ce qu’a écrit Andonian sur la source, le mode d’obtention et l’authenticité des «documents».

Dans ce chapitre, nous nous proposons d’étudier des «documents» pièce par pièce. Mais avant de passer à cet examen, il serait utile d’éclaircir un peu la personnalité de Naim Bey.



 1 - Naim Bey est-il un personnage réel?
Dans le livre et les lettres d’Andonian se trouvent de fréquentes incertitudes et des contradictions. Sur le même événement, il donne des informations différentes, parfois même diamétralement opposées. De plus, les faits sont déformés et on trouve des fautes graves et des lacunes. Il en résulte un certain doute quant à l’existence réelle de Naim Bey, héros principal du livre et source des «documents». Des recherches minutieuses ont été menées dans les archives de la présidence du Conseil des ministres, à Istanbul, pour savoir si Naim Bey avait occupé une fonction au Bureau de l’installation à Alep, comme l’a écrit Andonian.

Il fallait d’abord consulter les Annales ottomanes, où étaient enregistrés aussi, entre autres informations, les noms des fonctionnaires.

Comme les Annales de l’Empire ottoman n’ont pas été publiées de 1912 à 1917 - en raison de la crise la plus importante que vécut l’Empire - et comme les dernières Annales du département d’Alep datent de 1910, le registre des décrets impériaux, les journaux officiels et les recueils de lois de 1915-19 16 – époque à laquelle il aurait occupé une fonction au Bureau de l’installation - ont été consultés sans qu’on pût y trouver le nom de Naim Bey.

En revanche, on a retrouvé dans des documents d’archives les noms d’un certain nombre de personnes citées par Andonian et ayant occupé des fonctions à Alep et dans les environs à l’époque des transferts de la population arménienne.

On peut faire trois suppositions en ce qui concerne Naim Bey:
a) Naim Bey est un personnage imaginaire,
b) Naim Bey est un surnom,
c) Naim Bey est un personnage réel.

Il est impossible de savoir si Naim Bey a réellement existé, ou non.
La seule chose que l’on puisse affirmer, dans l’hypothèse de l’existence réelle de Naim Bey, c’est qu’il a dû être un fonctionnaire sans importance. La lettre d’Andonian du 26 juillet 1937 le confirme:

«Naim Bey était un fonctionnaire tout à fait insignifiant... [1]»
La conclusion qu’on peut tirer de cette citation est que Naim Bey n’occupait pas un poste ouvrant l’accès aux documents les plus importants et les plus secrets. Or, dans son livre, Andonian, en attribuant à Naim Bey la fonction de secrétaire principal au Bureau de l’installation, essaie de rendre crédibles les «Mémoires» et les «documents» qu’il a laissés.

Ce faisant, il ne peut éviter certaines erreurs. Par exemple, il fait parfois parler Naim Bey non comme un Turc, mais comme un étranger. On peut citer ces lignes à titre d’exemple:

«Le départ des Turcs d’Alep, me dit-il, fut quelque chose comme la fuite des criminels... [2]»
Il est peu vraisemblable, tant sur le plan du langage que de la logique, qu’un Turc, citant des individus de sa propre nation à quelqu’un qui n’est pas turc, en parle comme s’il s’agissait d’étrangers. Pour qui connaît les Turcs, il est clair qu’Andonian commet là une erreur.


2- Présentation des «documents»
Andonian, dans son livre publié en français, rassemble les «documents» qu’il considère importants en sept chapitres. Dans sa publication en anglais, il ne suit pas le même plan.

Les titres des chapitres sont les suivants: «La préméditation», «Mesures de précaution», «L’étendue générale des massacres», «Les petits martyrs», «Les encouragements», «Les essais de justification» et «Le deuxième acte».

Comme les titres le montrent, Andonian prétend que le «massacre des Arméniens» était le fait d’une politique conçue d’après un plan systématique, que, pour que l’événement n’ait pas un trop grand retentissement, des mesures de précaution avaient été prises, que le «massacre» avait été généralisé ensuite, que même les petits enfants n’avaient pas été épargnés, que les autorités turques locales avaient été encouragées par le gouvernement à faire tuer le plus grand nombre d’Arméniens et que, pour justifier les «massacres», une activité de propagande avait été mise en place.

Quant au «deuxième acte», il allègue par ce terme que les Turcs, lors de la libération de l’Anatolie de l’est de l’invasion arméno - russe, et après l’armistice, avaient entrepris de nouveaux «massacres».

Sans doute y a-t-il, dans ce système, l’idée et l’intention de donner l’impression que le «massacre des Arméniens» était l’application d’une politique gouvernementale bien déterminée, qui voulait l’anéantissement du peuple arménien tout entier, jusqu’aux petits enfants. Ce but semble être atteint dans la mesure où les «documents» d’Andonian se retrouvent depuis dans toutes les publications des Arméniens, constituent la base de leurs allégations et reçoivent encore de nos jours l’agrément de certains milieux étrangers. Les «documents» ne sont pas présentés dans un ordre chronologique. Andonian éparpille l’essentiel dans les sept chapitres cités plus haut et donne des explications pour une meilleure «compréhension» de ses «documents» en faisant appel tantôt aux «Mémoires» de Naim Bey, tantôt à ses propres «expériences».

Les «documents» seront examinés d’après un plan parallèle à celui suivi par Andonian. On donnera naturellement la priorité aux «documents» publiés comme «photographies originales» et on reprendra les autres à l’occasion.

Dans ce chapitre, on reproduira les textes des «documents» d’Andonian traduits de leurs «originaux» en turc, et on publiera ces «originaux» en fin de volume, en annexe, avec leurs textes en français et en anglais, qui figurent dans les deux éditions du livre d’Andonian.

On numérotera les documents dans l’ordre, ce qui facilitera le repérage des «originaux» dans l’annexe.



 

3 - Différences entre le calendrier ottoman et le calendrier grégorien
Comme il est naturel, les dates des «documents» du livre d’Andonian sont celles du calendrier ottoman utilisé à l’époque, qui était basé sur l’hégire, et on ne peut se passer de donner quelques précisions pour déterminer comment on retrouve les dates grégoriennes à partir du calendrier ottoman.

Il est de règle, pour retrouver les dates actuelles, d’ajouter à l’année ottomane 584 ans, et au jour du mois 13 jours. Par exemple, pour le 3 septembre 1331 du calendrier ottoman, on ajoute 584 ans (1331 + 584) et 13 jours (3 + 13) et on trouve la date correspondante qui est le 16 septembre 1915 3.

L’année ottomane commence le 1er mars. Comme janvier et février sont les deux derniers mois de l’année ottomane et les deux premiers du calendrier grégorien, on trouvera la date correspondante de ces deux mois en ajoutant à l’année ottomane le chiffre 584 + 1 = 585. Par exemple, le 5 janvier 1331 deviendra le 18 janvier 1916.

Le 1er mars était le jour de l’an jusqu’en 1917 dans l’Empire ottoman. Une loi, acceptée en février 1917, supprima la différence de 13 jours, mais l’année ottomane fut conservée. Le 16 février 1332 (février 1917) était pris comme le 1er mars 1333 (1er mars 1917); on avait compté pour 1333 (1917) 10 mois du 1er mars 1933 au 31 décembre, et le 1er janvier 1334 avait correspondu ainsi au 1er janvier 1918.

A l’époque de la République, on passa en 1925 au système de l’année grégorienne, et l’année 1341 devint l’année 1925. Ainsi, après la différence en ce qui concerne le jour, on supprima celle qui concerne l’année.

Cette explication technique, apparemment superflue, est d’une très grande importance pour les «documents» d’Andonian. On va le démontrer plus loin. Néanmoins, comme jusqu’en 1334 (1917) le 1er mars était le jour de l’an, il est utile de préciser que les numéros d’expédition et de réception des correspondances remontent du 1er mars au 28 février, et recommencent au numéro 1 à partir du 1er mars.


 

4- «La préméditation »
Dans ce chapitre, Andonian prétend que le «massacre» des Arméniens était organisé d’avance par le gouvernement ottoman et que celui-ci invoquait le prétexte de la préparation par les Arméniens d’une insurrection générale, alors que les Arméniens n’avaient pas de telles intentions.

«Il [le gouvernement turc] allégua que les Arméniens, prêts à une insurrection générale, allaient couper les voies de communication des armées turques qui se battaient sur les fronts, afin de faciliter l’entrée en Turquie des armées de l’Entente et plus particulièrement de celles des Russes.»

«Les Arméniens n’avaient aucune intention semblable. Ils n’étaient pas prêts non plus à se révolter, car cette idée n’était même pas passée par leur tête. Et d’ailleurs, ils n’étaient même pas armés [4]...»

En dépit de cette affirmation, Andonian reconnaît que certains troubles avaient déjà éclaté avant le transfert des Arméniens:

«Les événements qui se produisirent avant cette époque (24 avril 1915) -l’affaire de Van, la déportation de Deortyol et de Zeitoun... [5]»

Dans un autre chapitre de son livre, il écrit cette fois que les Arméniens détenaient des armes et des bombes:

«Il y avait aussi en particulier les bombes trouvées dans les provinces avoisinantes de Constantinople [Istanbul], mais ces bombes avaient été fabriquées par le Dachnaktzoutioun en connivence avec l’Ittihad [comité Union et Progrès], afin de butter la main dans la main si une réaction se faisait jour, comme cela eut lieu le 31 mars 1909, peu après la proclamation de la Constitution. D’ailleurs, ces bombes, fort peu nombreuses, ne pouvaient servir d’une façon efficace au moment d’une insurrection quelconque. Quant aux armes... elles représentaient pour chaque province une quantité si insignifiante qu’il était impossible de soutenir avec elles une résistance de quelque durée et encore moins d’organiser une révolte [6]»

Il n’est pas question d’étudier ici comment les Arméniens, saisissant l’occasion du début de la Première Guerre mondiale, s’étaient révoltés en collaborant avec les pays de l’Entente, et surtout avec la Russie tsariste aux côtés de laquelle ils s’étaient engagés, ni ce qu’ils avaient fait contre les Turcs sans défense en Anatolie [7].

Toutefois, il faut noter que les allégations d’Andonian ont été abandonnées même par les centres du terrorisme et de la propagande arméniens, que différentes commémorations ont été organisées au nom des chefs rebelles et à l’occasion des anniversaires des rébellions, et que ces centres vont jusqu’à baptiser leurs actes terroristes de noms inspirés de leurs anciennes rébellions.

Il serait utile d’annoncer dès maintenant que dans le troisième chapitre on publiera certains documents d’archives ottomanes à ce sujet.

On se contentera de publier ici la lettre, datée du 30 novembre 1918, de Bogos Nubar Pacha, président de la Délégation arménienne à la Conférence de la paix de Paris, dont le nom revient souvent dans les lettres d’Andonian, adressée à S. Pichon, ministre des Affaires étrangères de France [8].

Dans sa lettre, Bogos Nubar Pacha précise que les Arméniens, dès le début de la guerre, se sont infailliblement attachés à la cause de l’Entente, qu’ils ont été des belligérants de facto, qu’ils ont combattu dans les rangs de l’Entente sur tous les fronts; que les Arméniens ont rejoint en France la Légion étrangère et qu’en Palestine et en Syrie les volontaires arméniens recrutés par la Délégation nationale sur la demande du gouvernement français et formant plus de là moitié du contingent français ont participé aux combats sous les ordres du général anglais Allenby et ont joué, aux côtés des forces françaises, un rôle considérable dans la victoire de cette armée.

Il ajoute qu’au Caucase, à côté de 150.000 Arméniens enrôlés dans l’armée du tsar, 40.000 volontaires arméniens ont contribué à la libération d’une partie des départements «arméniens»; qu’après la défection des Bolcheviks, ils étaient, sous le commandement de leurs chefs Antranik et Nazarbekof, le seul peuple du Caucase à tenir tête aux Turcs.

Il souligne enfin que M. Pichon, ministre des Affaires étrangères, était parfaitement au courant de ces faits.

Bogos Nubar Pacha, qui était le seul personnage en mesure de parler au nom des Arméniens à l’époque, affirme ainsi avec orgueil que les Arméniens s’étaient battus pendant quatre ans contre les Turcs, depuis leur participation à la Première Guerre mondiale jusqu’à l’armistice de Moudros, c’est-à-dire du 1er novembre 1914 au 30 octobre 1918. Si l’on s’en tient aux propos de Bogos Nubar Pacha, on peut même dire que le transfert des Arméniens, décidé en mal 1915 par le gouvernement ottoman, un peu plus de six mois après son entrée en guerre, n’a été décrété que tardivement.

Dans le chapitre intitulé «La préméditation», Andonian publie deux «documents» avec les «photographies de leur original». Ces «documents» sont les deux «lettres» écrites par le comité Union et Progrès à Cemal Bey, son délégué à Adana.

La première de ces lettres est datée du 18 février 1331. Elle est publiée dans l’édition française avec son «original» et porte la date du 18 février 1915, alors que dans l’édition anglaise sa traduction est datée du 25 mars 1915 et quel’«original» n’y figure pas.

Voici la traduction de cette «lettre» d’après son «original».



«DOCUMENT» No I
Bismillâh (Au nom de Dieu)
Le 18 février 1331 (2 mars 1916) A Cemal Bey, délégué d’Adana
La seule force capable d’empêcher la vie politique d’Ittihad et Terakki [Union et Progrès] en Turquie est représentée par les Arméniens. Des nouvelles qui, ces derniers temps, arrivent du Caire, il ressort que le Dachnaktzoutioun prépare une attaque contre le Djémiet [comité d’Union et Progrès].

Si nous examinons minutieusement tout es les circonstances historiques du passé, nous verrons que tous les orages man?festés sur le chemin des efforts patriotiques du Djémiet sont les résultats des perturbations semées par les Arméniens. Le docteur Naz?m Bey écrit: «Sin ‘eussent été les Arméniens, je pourrais avec un petit signal d’Union et Progrès mettre toute la Turquie en état de rentrer dans la voie que l’on voudrait.»

Le Comité a pris la décision de débarrasser la patrie de la convoitise de cette race maudite et de prendre sur ses épaules patriotiques la responsabilité de l’opprobre dont sera marquée l’histoire ottomane.

Le Comité, incapable d’oublier l’humiliation et les amertumes du passé, plein d’idées de revanche, étant certain de son avenir, a décidé de supprimer tous les Arméniens habitant en Turquie, sans laisser vivant un seul individu, et a donné au gouvernement de larges prérogatives à ce sujet.

Le gouvernement donnera aux gouverneurs et aux commandants des armées les instructions nécessaires relatives à l’organisation des massacres. Tous les délégués d’Union et Progrès, partout où ils sont en fonction, poursuivront la mise en exécution de ce projet. On ne tolérera pas qu ‘un Arménien puisse obtenir un secours ou une protection.

Les effets abandonnés seront confisqués par le gouvernement, de la manière qu‘il jugera la meilleure, et seront gardés par lui à la condition d’être plus tard vendus au profit de l’extension de l’organisation du Comité et des buts patriotiques.

S’il est nécessaire, demandez des comptes aux commissions formées à ce propos. Si vous apercevez des abus, vous pourrez vous adresser aux préfets comme à nous-mêmes.
(signature illisible)
[9]

La traduction qui figure dans l’édition française du livre est proche de 1’«original» en turc, à quelques détails près. Toutefois, une phrase a été ajoutée au texte français: «par ordre de l’Autorité responsable», qui n’existe pas dans l’«original» de sa lettre. Sans doute cet ajout a-t-il été fait pour rendre la «lettre» plus crédible.

Quant à la comparaison des traductions française et anglaise, les différences sont plus importantes:
a) Dans le texte français, la date de la «lettre» est le 18 février 1915, dans le texte anglais elle est le 25 mars 1915.
b) Le paragraphe qui commence par «le docteur Naz?m Bey écrit» dans le texte français n’existe pas dans le texte anglais.
c) La phrase «on ne tolérera pas qu’un Arménien puisse obtenir un secours ou une protection» se trouve dans le texte français à la fin du paragraphe 6, et dans le texte anglais à la fin du paragraphe 2.

Étant donné que 1’«original» du document est le même, pourquoi les textes anglais et français diffèrent-ils?

On ne peut apporter de réponse à cette question.
Dans son livre, Andonian affirme que cette «lettre», ainsi qu’une autre du même genre, avait été trouvée dans les documents appartenant à Abdulahad Nuri Bey et qu’on n’en connaissait pas l’auteur; toutefois, il les attribue à un responsable du comité central d’Union et Progrès d’Istanbul:

«Parmi les documents que Naim Bey nous remet se trouvent une partie des papiers de son chef Abdulahad Nuri Bey, au nombre desquels deux lettres adressées à ce Cemal Bey qui était le délégué à Alep du comité Ittihad (Union)... ces lettres ont été envoyées à Cemal Bey avant qu’il arrivât à Alep, pendant qu’il résidait à Adana comme délégué du comité Ittihad, et elles sont signées par une initiale conventionnelle; l’auteur en était certainement un membre du comité central de Constantinople [Istanbul] [10].»

Andonian, dans sa lettre datée du 26 juillet 1937, apporte de nouvelles précisions sur ce sujet et explique que la signature des «lettres» est celle de Behaeddin ?akir Bey:

«Au cours de la publication de mon livre, je ne savais pas que ces lettes étaient de Behaeddin ?akir Bey. Elles ne portent d’ailleurs, comme signature, qu’un paraphe illisible qui, à première vue, paraît plutôt un signe conventionnel. La chose m’a été dévoilée plusieurs mois après la publication de mon livre, en 1921, à Berlin. Un comité arménien, qui s’occupait dans cette ville de la défense de Tehlirian, avait accumulé un tas de journaux arméniens dans lesquels se trouvaient des publications concernant les massacres... Je les ai feuilletés par curiosité, et tout d’un coup je suis tombé sur une traduction d’une lettre de Behaeddin ?akir Bey, signée en toutes lettres de son nom. C’était une coupure non datée d’un vieux numéro du journal Joghovourti Tzaïne, probablement publié en 1920. Comme dans mon livre la lettre en question n’était signée d’aucun nom, j’ai eu la curiosité toute naturelle de savoir pourquoi on avait mis le nom de Behaeddin ?akir Bey au bas de la traduction. J’ai donc écrit une lettre audit journal, et on m’a répondu que cette traduction avait été faite non de mon livre, qu’ils n’avaient pas vu, mais d’un journal turc (probablement le Sebah (sabah) de l’Arménien Mihran Bey, ayant comme rédacteur en chef Ali Kemil (Kemal) Bey, connu pour ses tendances anti-unionistes) qui l’avait publiée avec la signature de Behaeddin ?akir Bey. Plus tard j ‘ai appris que le paraphe se trouvant au bas des deux lettres reproduites dans mon livre constituait le mot «BEHA», nom familier donné à Behaeddin ?akir par ses intimes [11].»
 
Dans la même lettre, Andonian, pour éclaircir le problème de savoir pourquoi un «document» secret d’une telle importance se trouvait dans le dossier d’Abdulahad Nuri Bey, écrit que Cemal Bey avait donné la «lettre» qui lui avait été adressée au bureau d’Abdulahad Nuri Bey comme ligne de conduite à suivre:

«...Abdulabad Nuri Bey étant une créature dévouée au comité Union et Progrès et un des hommes les plus sûrs, Cemal Bey avait versé à son bureau les deux lettres de Behaeddin ?akir Bey comme ligne de conduite, qu’il a d’ailleurs suivie à la lettre [12]»

La «deuxième lettre» écrite par le comité Union et Progrès au délégué d’Adana Cemal Bey est datée du 25 mars 1331 (7 avril 1915). La «photographie de la lettre originale» se trouve dans les éditions française et anglaise.

«DOCUMENT» No II
Bismillâh
A Cemal Bey, délégué d’Adana
Par ordre de la délégation responsable, le 25 mars 1331 (7 avril 1915)
Appréciez combien est énorme le sacrifice du gouvernement de participer à la guerre générale en assumant coûte que coûte toute la responsabilité dans le but d’assurer, par le moyen d’une large exécution débarrassée des obstacles politiques, la suprême intention de mettre fin à l’existence des éléments connus qui ont entravé depuis des siècles le progrès de l’Etat dans la vole de la civilisation et œuvrer pour l’aboutissement des mesures entreprises aux résultats souhaités sont le devoir de chacun de nous. Comme nous l’avons indiqué dans la lettre du 18 février 1330, le Comité a décidé, désormais, de détruire les diverses forces qu‘il a combattues depuis des années sur le chemin qu‘il a suivi et s’est trouvé malheureusement obligé de prendre à cet effet des mesures sanglantes.

Soyez certain que nous-mêmes nous regrettons l’horreur de nos mesures; mais le Comité ne volt pas d’autres moyens pour préserver son existence éternelle. Pourquoi Ali R?za critique-t-il et fait –il appel à la pitié? Un tel degré de naïveté est de l’imbécillité.
Allez â Alep, si vous arrivez à le convaincre, travaillez ensemble. Si ce n‘est pas possible, nous pouvons lui trouver un autre endroit pour qu‘il écoute la voix de son cœur.

Avant que les entreprises concernant les personnes connues n‘aboutissent, il ne serait pas bon de s‘occuper des autres. Pour le moment, il a été jugé opportun de punir par les mesures légales les personnes qui ont attiré l’attention, ce qui sera la base des pratiques futures.

Je voudrais rappeler de nouveau la question des biens abandonnés. Elle est très importante. Ne laissez pas échapper sa gestion de votre contrôle. Examinez fréquemment l‘usage des comptes. Faites savoir aussi le jour de votre départ. P.S. Naci Bey doit y arriver aussi. Présentez-le. Le changement du préfet n ‘est pas possible. D’ailleurs, vous devez partir de là, donc ce n ‘est plus nécessaire.
(signature illisible)
[13]
 
On constate que, malgré des nuances, il existe une concordance entre les versions turque et française. On peut toutefois souligner une différence visible au troisième paragraphe, à la place de «personnes qui ont attiré l’attention» dans le texte turc, on trouve dans le texte français «les notables», traduction qui sert beaucoup mieux le but d’Andonian. En ajoutant une note explicative à la traduction française, Andonian indique que ce terme signifiait les religieux, les intellectuels et les riches [14].

Dans cette seconde «lettre», un des points qui mérite l’attention est cette fois la mention, à côté des Arméniens, de «diverses forces».

Dans une autre note de la publication française, Andonian précise que ces «diverses forces» représentent les Grecs, les Arabes et les Syriens [15]. Ce message veut sans doute signifier que les Turcs, après «en avoir fini avec les Arméniens», avaient aussi l’intention de «liquider» les Grecs, les Arabes et les Syriens. Ainsi, il vise à encourager la formation d’un «front arméno – gréco - arabe» contre les Turcs dans ces jours de 1920, au moment donc de l’occupation partielle de l’Anatolie par des forces étrangères et alors que se prépare le traité de Sèvres. On peut s’étonner par ailleurs que l’allusion aux «diverses forces» de la seconde lettre ne se trouve pas dans la première. C’est une nouvelle «inattention» de la part d’Andonian.

Les différences dans les textes anglais et français de la lettre sont cette fois-ci encore plus importantes:

a) La date de la «lettre» est le 25 mars 1915 dans le texte français, le 18 novembre 1915 dans le texte anglais.
b) Alors que le mot «Arméniens» n’est pas cité dans le texte français, comme dans le texte turc, il l’est dans le texte anglais.
c) La date de la lettre à laquelle on fait référence est le 18 février 1915 dans le texte français, et le 8 février dans le texte anglais.
d) Le nom d’Ali R?za Bey, mentionné dans le texte français, n’apparaît pas dans le texte anglais.
e) Dans le texte français, l’expression «nous pouvons lui trouver un autre endroit» concerne la seule personne d’Ali R?za Bey, alors que dans le texte anglais, elle est employée d’une manière générale.
f) Dans le texte français, le quatrième paragraphe, qui commence par «Avant que les entreprises concernant les personnes connues», ne se trouve pas dans le texte anglais.
g) La phrase «Faites savoir aussi le jour de votre départ» n’existe pas dans le texte anglais.
h) Le post-scriptum du texte français ne se trouve pas non plus dans le texte anglais.

Peut-on vraiment admettre que ces différences soient des «erreurs matérielles» ou des «fautes d’impression»?
 
Ces «lettres» sont de faux documents fabriqués par Andonian et les milieux qu’il représente au nom de la cause arménienne.

Car:
a) La date de 1’«original» de la première «lettre» est, sans aucun doute possible, celle du 18 février 1331.
Le 18 février 1331 du calendrier ottoman ne correspond pas dans le calendrier grégorien actuel à celle du 18 février 1915: d’après les explications déjà fournies, cette date correspond au 2 mars 1916 (en 1916, février compte 29 jours). Autrement dit, pour obtenir une «lettre» datée de l’année 1915, il faudrait qu’elle porte la date du 18 février 1330. En donnant à la «lettre» la date du 18 février 1331 ou du 2 mars 1916, on lui supprime toute crédibilité. En effet, Andonian publie cette «lettre» pour prouver la «préméditation», pour démontrer que le «massacre» et le «déplacement» avaient été planifiés d’avance, et que le déplacement avait été réalisé d’après ce plan.

A la suite de cette erreur, la «lettre» se retrouve donc écrite environ neuf mois après le déplacement des Arméniens, et mon pas avant cette opération.

Comme la première «lettre» porte la date du 18 février 1331, la seconde, qui la suit, devrait porter la date du 25 mars 1332. Or, la seconde lettre est datée tout à fait clairement du 25 mars 1331.

L’usage tardif dans la seconde lettre de la date du 18 février 1330 pour indiquer celle de la première ne peut pas tirer Andonian du piège dans lequel son erreur l’a fait tomber. D’ailleurs, dans l’édition anglaise du livre, il ne donne pas l’«original» de la lettre datée du 18 février 1331, et se contente de la dater du25 mars 1915. En outre, il y date la seconde «lettre» du 18 novembre 1915, sans doute pour tenter de dissimuler l’erreur commise.

Il est impossible à Behaeddin ?akir Bey, comme à tout autre fonctionnaire ottoman, de commettre une telle erreur.

Cette fausse lettre a dû être écrite par quelqu’un ignorant ou négligeant les différences entre les deux calendriers, probablement par un Arménien.

b) Au début des deux lettres se trouve la formule sacramentelle «Bismillâh» * ou «Besmele» *. Cette formule est utilisée traditionnellement en tête de tout document officiel et écrite généralement en petits caractères. Or dans la première «lettre», la lettre «sin», qui doit être écrite longue, n’existe pas dans la formule, et le point de la lettre «b», qui doit se trouver à droite, est placé au milieu. Dans ces deux lettres, le signe «Allah», qui doit avoir la forme d’un crochet et couper la barre en descendant de haut en bas, ne la coupe pas et, en outre, le signe «bismallâh» est écrit en caractères beaucoup plus grands que de coutume. Ces considérations prouvent que les «lettres» ont été écrites par quelqu’un qui connaissait l’ottoman mais qui, n’étant pas musulman - un Arménien, par exemple -, ne s’était pas habitué à utiliser le signe. En publiant ici les deux fausses lettres d’Andonian comparées à deux documents authentiques des archives turques, on contribuera à une meilleure compréhension du sujet.










c) Andonian prétend que la signature des «lettres» est celle de Behaeddin ?akir Bey. Cependant, on ne peut en aucun cas lire ces signes en ottoman, ni «Behaeddin», ni même «Beha».
d) Andonian écrit que Cemal Bey était parti pour Alep dès la réception des «lettres» du comité Union et Progrès: «A la suite de ces lettres, Cemal Bey s’empressa de quitter Adana et se rendit à Alep où il devait se consacrer avec tant de zèle à l’exécution du projet des massacres arméniens [16].»

Or, en mars 1915, la décision de transfert des Arméniens n’était pas encore prise, et l’arrivée à Alep de Naim Bey et d’Abdulahad Nuri Bey ainsi que leur entrée en fonction au Bureau de l’installation aunaient eu lieu à l’automne de 1915. Andonian, dans son livre, fait tenir ces propos à Naim Bey:

«Je suis venu à Alep. Le destin voulut que je fusse appelé aux fonctions de secrétaire en chef auprès d’Abdulahad Nuri Bey, qui, depuis trois jours, était arrivé à Alep avec le titre de sous-directeur général des déportés [17].»

Cela signifie que le bureau d’Alep n’avait été formé qu’à l’automne 1915. Il n’y a donc pas d’explication logique au fait que Cemal Bey soit parti pour Alep dès réception de la seconde «lettre», datée du 25 mars 1915.

e) Dans son livre, Andonian parle d’Union et Progrès comme d’une organisation clandestine illégale. Il est invraisemblable que des «lettres» très secrètes personnellement adressées à Cemal Bey, représentant d’Union et Progrès dans une ville aussi importante qu’Adana, qui travaillait avec des «méthodes secrètes», aient été données, comme Andonian le prétend, au Bureau de l’installation à Alep pour servir de «ligne de conduite»; en outre, tous les documents ayant été détruits d’après Andonian, il est impossible de croire que ces deux «lettres» aient échappé aux contrôles et aient abouti entre les mains de Naim Bey.

D’ailleurs, une ligne de conduite n’était même pas nécessaire, car Andonian lui-même prétend que plusieurs «télégrammes», signés du ministre de I’Intérieur, Talât Pacha, indiquaient la «façon dont les Arméniens seraient massacrés». Puisque les «télégrammes» de Talât Pacha existent, les «lettres» écrites par le comité Union et Progrès à Cemal Bey perdent sans doute de leur intérêt.

En outre, il n’est pas crédible que des lettres d’une telle importance soient restées, sans avoir été détruites, dans le bureau d’Abdulahad Nuri Bey pendant trois ans, de l’automne 1915 à l’occupation d’Alep par les Anglais, en octobre 1918.

f) Dans les «lettres», il est précisé que «tous les Arméniens doivent être supprimés, sans laisser un seul individu», mais on n’explique pas de quelle façon. On ne trouve que la consigne donnée à Cemal Bey de se rendre à Alep. Le lien entre Alep et la «suppression» des Arméniens n’est pas évident. Pour que l’établissement de ce lien soit possible, il faut supposer que la «suppression» des Arméniens sera réalisée durant leur transfert à Alep et ses environs. Or il n’est pas possible de le comprendre si l’on s’en tient aux «lettres».

g) Les lettres sont truffées d’expressions dont l’utilisation par des responsables d’Union et Progrès semble impossible. Peut-on croire que les leaders d’Union et Progrès, qu’on accuse d’avoir pris avec fierté la décision des «massacres arméniens», s’en repentent dans des propos comme «l’opprobre dont sera marquée l’histoire ottomane», «malheureusement oblige de prendre à cet effet des mesures sanglantes», «soyez certain que nous même nous regrettons l’horreur de nos mesures».

Où a-t-on déjà vu des hommes politiques faire un aveu préalable de culpabilité en envisageant les conséquences éventuelles d’une décision qu’ils ont prise?

Avec ces phrases, le but recherché pan l’auteur des fausses lettres est de faire avouer aux Tunes eux-mêmes la «culpabilité des Turcs»; il veut faire dire aux Turcs ce que les Arméniens voulaient dire et faire confirmer par les Tunes les allégations des Arméniens. Dans son livre, Andonian utilise souvent ce procédé en faisant parler Naim Bey. Il suffit d’en donner cet exemple:

«Je crois que la question de la déportation et de l’assassinat tragiques des Arméniens, qui rend le nom Tune digne de la malédiction éternelle de l’humanité, ne ressemble à aucun des faits épouvantables enregistrés jusqu’à ce jour par l’histoire universelle [18].»

Il serait utile de rappeler une phrase de la préface écrite par Viscount Gladstone dans l’édition anglaise du livre d’Andonian:

«Nous sommes sur le point de faire un traité avec le gouvernement turc, coupable d’agissements surpassant en ampleur et en ignominie les peintures les plus imaginaires de l’enfer qu’on ait jamais Pu concevoir.»

Il est étonnant de constater que Naim Bey et Gladstone tiennent des propos pratiquement identiques. On voit bien là le but visé par les Arméniens.

h) Du point de vue de l’usage de l’ottoman, on trouve dans les «lettres» des fautes de langue et de grammaire. Pan exemple, dans la première «lettre», la tournure de la phrase «le docteur Naim Bey écrit: «si n’eussent été les Arméniens, je pour nais avec un petit signal d’Union et Progrès mettre toute la Turquie en état de rentrer dans la voie que l’on voudrait» n’est conforme ni à l’usage de cette époque ni à celui du tune contemporain. Elle est fausse autant par la construction que pan la grammaire. Ce type de construction grammaticale, contraire à celles du tune, peut convenir à l’anglais ou au français, qui sont des langues indo-européennes, ainsi qu’à l’arménien, qui fait partie du groupe «satem»de la même famille; il faut donc trouver cette erreur normale, puisque provenant d’une fausse lettre rédigée par un Arménien.

i) Enfin, la substance de ces fausses lettres est qu’Union et Progrès considère les Arméniens comme le pine ennemi, les rend responsables de toutes sortes de calamités et n’entre en guerre que pour s’en débarrasser. Andonian sait que, sans pousser plus avant ses allégations, la question «pourquoi les Arméniens ont-ils été massacrés?» restera sans réponse. Les fausses lettres sont donc écrites, à toutes fins utiles, pour renforcer ses allégations.


 

5 - «Mesures de précaution »
Dans ce chapitre, Andonian prétend que le gouvernement turc, après avoir commencé à appliquer la décision des massacres, a «utilisé tous les moyens pour la dissimuler aux yeux du monde civilisé» [19] et essaie de renforcer ses allégations en publiant «trois télégrammes chiffrés», dont un avec la «photographie de l’original», adressés, dit-il, par le ministre de l’Intérieur, Talat Pacha, à la préfecture d’Alep.

Il n’est pas question, ici, de discuter la question de savoir comment le gouvernement ottoman pouvait penser «dissimuler aux yeux du monde civilisé»les transferts des Arméniens, alors qu’en Anatolie se trouvaient de nombreux consulats (américain, allemand, autrichien), des fonctionnaires civils et militaires allemands et autrichiens, ainsi que des missionnaires et des organisations humanitaires américaines. Ce point est en marge de cette étude, on s’en tiendra à l’examen des documents.

Le «document» dont Andonian publie 1’«original» est un «télégramme chiffré», daté du 18 novembre 1331 (1er décembre 1915), prétendument envoyé pan le ministère de l’Intérieur à la préfecture d’Alep. L’«original» du télégramme se trouve dans la publication des éditions anglaise et française.

«DOCUMENT» No III
Télégramme chiffré du ministère de I’Intérieur, daté du 18 novembre 1331 (1er décembre 1915):

Par la démarche que, sur l’instruction de son gouvernement, l’ambassade amé ricaine à Istanbul fit dernièrement, il apparaît que les consuls américains s’emploient, dans certaines régions, par des moyens secrets, à se procurer des informations sur la manière dont les transferts de personnes connues s’effectuent. Bien qu’il leur fût répondu que les transferts s’effectuent d’une manière sûre et confortable, cette affirmation n ‘était pas suffisante pour les convaincre: tâchez que, ions des transferts des personnes qui se trouvent proches des villes, des bourgs et des centres, des faits pouvant attirer l’attention ne se produisent pas. Procédez provisoirement avec délicatesse pour convaincre les étrangers qui circulent par là que ces transferts n‘ont d’autre but que de déplace ment. Cela est indispensable pour l’exécution de la politique actuelle. Il est notifié avec importance de n‘appliquer les mesures connues que dans les endroits propices et d’arrêter les personnes qui font des enquêtes et de les livrer, sous d’autres prétextes, aux cours martiales.
(Apostilles)

Sans parler du télégramme chiffré, entretenez-vous avec le directeur de la police. Y-a-t-il réellement des gens qui enquêtent?

Conformément à l’ordre du ministère, pour que les opérations se fassent ici avec une certaine modération.

A la sous - direction.
Le 21 novembre.
Le Préfet, Mustafa Abdulhalik

J’étais sûr de l’existence de telles personnes et j’avais prié à plusieurs reprises le directeur de la police de procéder à des surveillances nécessaires, mais cela est resté sans résultat. Si la préfecture lui faisait une notification énergique, le résultat pourrait peut-être en être assuré.

Le 21 novembre.
Le Sous - Directeur général, Abdulahad Nuri

Vous devriez écrire aussi aux fonctionnaires chargés des transferts. Le 22 novembre.

A Naim Efendi; Ecrivez.
Le 22 novembre. [20]

Le texte, dans la publication française du livre d’Andonian, est à peu près conforme à celui de 1’«original». On y trouve cependant quelques différences:

a) Dans la traduction française, en changeant l’expression «il est notifié»en «je vous recommande», Andonian personnifie les «instructions».
b) Comme il ne se trouve aucun nom ni titre au bas du texte du «télégramme»dans l’«original», Andonian met un nom et un titre dans les traductions française et anglaise: «Talât, ministre de l’Intérieur».
c) Le «texte original» se termine par ces mots: «A Naim Efendi; Ecrivez. Le 22 novembre.» Andonian ajoute au texte dans la traduction française : «Il fut écrit. Dossier 741/16.» Cela était sans doute ajouté pour donner de la réalité à la fonction de Naim Bey.
d) Dans le texte «original», l’expression «étaler pour la frime» ne se trouve pas. Dans le texte français, cette expression est ajoutée, et dans le texte anglais, on trouve «pour sauver les apparences». Il est clair qu’Andonian utilise ces termes pour renforcer ses allégations.

Quant aux différences entre les textes anglais et français, elles sont encore plus importantes:
a) Le télégramme n’est pas daté dans le texte anglais.
b) Dans le texte français, l’expression «conformément à l’ordre du ministère», figurant dans la «note» du préfet Mustafa Abdulhalik Bey, est transformée dans le texte anglais en «ordre du Comité».
c) Mustafa Abdulhalik Bey parle d’Abdulahad Nuri Bey comme «sous directeur général des déportés» dans le texte français; dans le texte anglais, il lui donne le titre de «représentant du Comité général».
d) Le texte anglais se termine par la première note d’Abdulahad Nuri Bey. Dans le texte français, cette note est suivie de trois autres.

Dans ce chapitre, le deuxième «document» fourni par Andonian est un «télégramme» daté du 11 décembre 1915, numéroté 745 et signé par le ministre de l’Intérieur, Talât Pacha.

Dans ce «télégramme», on parle de «correspondants des journaux arméniens, qui procurent les documents et les photos concernant le massacre pour les donner au consul américain» et on demande «que les personnes dangereuses de ce genre soient arrêtées et supprimées».

Le texte du «document» existe dans les deux publications du livre d’Andonian, avec la même date et le même numéro. Cependant, 1’«original» du «document» ne se trouve ni dans l’une ni dans l’autre [21].

Le dernier «document» donné sous le titre «Mesures de précaution» est un «télégramme» prétendument envoyé par le ministre de l’Intérieur, Talât Pacha, à la préfecture d’Alep, daté du 29 décembre 1915 et portant le numéro 809.

Ce télégramme parle «des officiers étrangers ayant photographié des cadavres qu’ils avaient rencontrés sur les routes» et ordonne «d’enterrer ces cadavres et de ne plus les laisser sur les routes».

Le texte du «télégramme» se trouve aussi dans les deux publications avec le même numéro et la même date.

Dans la publication française, une «note» du préfet Mustafa Abdulhalik Bey est ajoutée.
L’original du «télégramme» ne figure dans aucune des deux publications [22].

Ces «télégrammes» sont de faux documents fabriqués dans le but de faire valoir les allégations des Arméniens. Leur fausseté peut être aisément démontrée:

a) Il a été impossible de retrouver les originaux de ces trois «télégrammes»au cours des recherches effectuées à Istanbul dans les archives de la présidence du Conseil. Les autres «documents» dont Andonian fournit les «originaux»dans son livre ne se retrouvent pas davantage dans les archives.

Or, qu’il s’agisse de ces trois «télégrammes» ou des autres «documents», puisqu’ils avaient été envoyés au ministère de l’Intérieur ou par le ministère de l’Intérieur, ils devraient se trouver effectivement dans les archives. Certains peuvent se dire: «Comme Union et Progrès ou le gouvernement ottoman de l’époque ont détruit les originaux de ces documents, il est naturel qu’ils ne puissent être retrouvés.» Comme on l’a vu dans le premier chapitre, Andonian, lui aussi, le prétendait.

En fait, la question n’est pas si simple. On se souviendra que dans le premier chapitre Andonian fondait «l’authenticité des documents» sur des «apostilles» et la «signature» du préfet d’Alep, Mustafa Abdulhalik Bey.

Or les signatures sur les documents d’Andonian sont fausses, car il n ‚y a aucun rapport entre la vraie signature de Mustafa Abdulhalik Bey et celle qui se trouve sur les faux documents.

On publiera ici, côte à côte, les deux documents d’ archives turques de la présidence du Conseil, ministère de l’Intérieur, carton d’Alep 1331/133, envoyés et signés par le préfet Mustafa Abdulhalik Bey lui-même au ministère de l’Intérieur le 8 décembre 1331(21 décembre 1915) et le 25 janvier 1331(7 février 1916) comparés aux deux faux documents prétendument envoyés par Talât Pacha, ministre de l’Intérieur, le 18 novembre 1331 (1er décembre 1915) et le 12 décembre 1331 et signés par Mustafa Abdulhalik à leur réception. Il n’est pas nécessaire de connaître l’ottoman pour comprendre que la vraie signature de Mustafa Abduihalik Bey n’a rien à voir avec celle qui figure sur les faux documents d’Andonian.

Ainsi, tout le système fondé par Andonian et ceux qu’il représente sur ces faux documents s’effondre d’un seul coup; l’inanité d’allégations appuyées sur de faux documents apparaît clairement. Cette étude pourrait fort bien être arrêtée là. Toutefois, en la poursuivant, on démontrera comment Andonian a inventé de toutes pièces ses autres documents.

Le faux document du 18 novembre 1331 (1er décembre 1915), attribué par Andonian à Talât Pacha, ministre de I’Intérieur [1]


 
Le faux document du 12 décembre 1331 (25 décembre 1915), attribué par Andonian à Talât Pacha, ministre de l’Intérieur [2].



Document authentique d’archives
Message adressé avec la signature de Mustafa Abdulhalik, préfet d’Alep, au ministère de l’Intérieur, no 596, date du 8 décembre 1331 (21 décembre 1915). Le message est relatif à la communication d’un ordre au sandjak d’Urfa [1].



Document authentique d’archives
Message du 25 janvier 1331 (7 février 1916), no 718, adressé avec la signature de Mustafa Abdulhalik, préfet d’Alep, au ministère de I’Intérieur.
Le message indique qu’il a déjà été répondu à une question posée [2].



b) Un œil attentif peut distinguer les ressemblances entre les signatures supposées de Mustafa Abdulhalik Bey et celle de Abdulahad Nuri Bey, sur le faux télégramme daté du 18 novembre 1331, même s’il ne connaît pas cet alphabet. Cette ressemblance est intéressante car, quel que soit celui qui a tenté d’imiter les deux signatures, elle révèle la tentative d’un seul et même individu.

c) Un autre point intéressant est que, contrairement à ce que prétend Andonian, aucun télégramme chiffré n’avait été envoyé le 18 novembre 1331 par le ministère de l’Intérieur à la préfecture d’Alep.

On publiera ici la photocopie de la page 41 du Cahier de registre d’expédition chiffrée de l’année 1331 de la section d’Alep, extraite des archives de la présidence du Conseil.

En examinant cette page, on constatera que le ministère de l’Intérieur avait adressé à la préfecture d’Alep un télégramme chiffré, numéro 160, en date du 17 novembre 1331 et un autre, numéro 161, en date du 19 novembre 1331. Il n’existe aucun télégramme envoyé en date du 18 novembre 1331.

d) La publication des originaux de deux vrais documents d’archives signés par Mustafa Abdulhalik, sur lesquels apparaît le signe «Bismillâh», confirme ce qui avait été dit dans le chapitre «La préméditation».

On montrera d’autres exemples de ce genre dans le chapitre «Documents authentiques» de la partie «Annexes», où seront publiés les authentiques documents d’archives ottomanes.

e) On a parlé plus haut d’un faux télégramme, numéroté 745 et daté du 11 décembre 1915, attribué à Talât Pacha par Andonian. Dans les éditions française et anglaise du livre se trouve un autre faux télégramme attribué à Talât Pacha et pontant lui aussi le numéro 745. Ce faux télégramme est daté du 9 décembre 1915 23. Il est impossible que les deux télégrammes chiffrés portent le même numéro, même si le ministère de l’Intérieur n’avait pas envoyé d’autres télégrammes à la préfecture d’Alep du 9 au 11 décembre.

Les deux faux télégrammes sont publiés, dans l’édition française avec un intervalle de 39 pages, dans l’édition anglaise avec un intervalle de 9 pages. Sans doute l’erreur a-t-elle échappé à Andonian du fait que les deux faux télégrammes ne se suivaient pas.


 

6- «L‘étendue générale des massacres »
Sous ce titre, Andonian prétend que «dans le but de supprimer tous les Arméniens, le gouvernement tune avait rapidement élargi l’ampleur des massacres entrepris et les avait étendus jusqu’aux femmes et aux enfants», en donnant le texte de 12 «documents»; les originaux de cinq d’entre eux figurant dans l’édition française; dans l’édition anglaise, on ne trouve aucun «original» de ces documents.

Archives de la présidence du Conseil des ministres, Cahier de registre d’expédition chiffrée, année 1331, section d’Alep, page 41.




* Télégramme chiffré no 160 du ministère de I’Intérieur à la préfecture d’Alep. Date:17 novembre 1331 (30 novembre 1915). Objet: communication du résultat de l’enquête sur le sous-préfet de Raka, dont 1’ouverture a été signalée par le directeur de l’Emigration.
** Télégramme chiffré no 161 du ministère de l’Intérieur â la préfecture d’AIep. Date: 19 novembre 1331 (2 décembre 1915). Objet: ouverture d’une enquête sur le directeur de la police, sur plainte du président de la Commission d’enquête, As?m Bey.


Il écrit que cinq de ces douze «documents» sont de Talât Pacha, cinq d’Abdulahad Nuri Bey, un de Mustafa Abdulhalik Bey, un du gouverneur d’Antep, Ahmed Bey.

Des «cinq» documents publiés comme «originaux», deux sont attribués à Talât Pacha, trois à Abdulahad Nuri Bey.

Les textes des «originaux» de ces documents sont donnés ci-dessous.

«DOCUMENT» No IV
Copie du télégramme chiffré du ministère de l’Intérieur daté du 3 septembre 1331 (16 septembre 1915) et numéroté 502.

II est recommandé d’étendre le traitement qu‘on fait subir aux mâles des personnes connues, et dont l’application a été antérieurement not?fiée, aux femmes et aux enfants et d’employer à cet égard des fonctionnaires de confiance.
Le Ministre de l’?ntérieur, Talât.

Vous êtes-vous entretenu avec le commandant de la gendarmerie?
A Abdulahad Nuri Bey.
Le 5 septembre.
Le Préfet, Mustafa Abdulhalik
[24]

Le texte de la publication française est conforme, en général, à 1’«original». La seule différence est: «nous vous recommandons» à la place de «il est recommandé». Le texte anglais aussi est assez conforme à l’«original». Toutefois, la note du préfet Mustafa Abdulhalik Bey ne s’y trouve pas.

«DOCUMENT» No V
Copie du télégramme chiffré du ministère de l’Intérieur daté du 29 septembre 1331 (12 octobre 1915) et numéroté 537.

On apprend que des gens du peuple et certains fonctionnaires se marient avec des femmes arméniennes. Il est instamment recommandé de l’empêcher sévèrement et de transférer les femmes de ce genre séparément.
Le Ministre de l’?ntérieur, Talât

A la Sous - Direction générale des émigrés.
Le 3 octobre.
Le Préfet, Mustafa Abdulhalik
[25]

Le texte «original» correspond aux textes français et anglais. Cependant, on trouve des expressions qui n’existent pas dans le texte «original» comme:

« ... les femmes soient envoyées dans les déserts» (to the desert). Dans le texte anglais, le mot «désert» est mis entre parenthèses et la note du préfet Mustafa Abdulhalik n’existe pas.
 
«DOCUMENT» No VI
Il s’agit d’un «document» daté du 10 janvier 1332(23 janvier 1917), numérote 57, qu’Andonian prétend être un «télégramme chiffré» envoyé pan Abdulahad Nuri Bey à la «Direction générale de l’installation des tribus et des émigrés», et, comme «photographie originale», on a un texte constitué de groupes de deux chiffres et qui comporte quelques mots sur quatre de ses lignes.

Le texte se présente ainsi:
A la Direction générale de l’installation des tribus et des émigrés.
(ligne 9)... étant compris en l’examinant et...
(ligne 10)... qui étaient...
(ligne 11)... en étant... (du) résultat
(ligne 13)... qui était, not?fié...
10 janvier 1332 (23 janvier 1917)
[26]

Dans l’édition française de son livre, Andonian transpose le texte ci-dessous comme s’il était le déchiffrage du «télégramme chiffré»:
«No 57

«A la Direction générale de l’installation des tribus et des déportés.

«Il a été établi, après enquête, qu’à peine 10% des Arméniens soumis à la déportation générale sont arrivés au lieu de leur destination et que les autres sont monts en route par la famine, les maladies et d’autres causes naturelles semblables. J’espère obtenir le même résultat pour les survivants en les traitant avec rigueur. «Le 10 janvier 1916
 Abdulahad Nuri [27]»

Andonian ne donne aucun renseignement sur la façon dont il a procédé pour déchiffrer le texte constitué de groupes de deux chiffres...

Comme il n’existe pas d’«original» en turc, on se contentera, cette fois-ci, de comparer entre eux les textes français et anglais.

On trouve une différence sur le nom de l’autorité à qui le télégramme a été expédié: en français, «Direction générale de l’installation des tribus et des déportés» et en anglais: «Général Committee for Settling the Deportees» (Comité général pour l’installation des déportés).

En donnant le texte d’un autre «télégramme», dont il ne publie pas 1’«original», daté dans l’édition française du 29 février 1916, dans l’édition anglaise du 26 février 1916, Andonian prétend qu’Abdulahad Nuri Bey déclare que 25% seulement des Arméniens étaient arrivés à destination et que les autres étaient monts [28].

Comme Andonian prétend, dans le «télégramme» numéroté 57, qu’à peine 10% des Arméniens étaient arrivés à destination, on voit que, dans la fabrication de ce dernier «document», il fait un effort pour se montrer plus «équitable».

«DOCUMENT» No VII
L’original de ce «document», constitué encore de groupes de deux chiffres, est un «télégramme chiffré» attribué à Abdulahad Nuri Bey.

Dans 1’«original» de ce «télégramme», à côté des chiffres, on lit quelques mots. Les voici:
A la Direction générale de l’installation des tribus et des émigrés.
(Ligne 1) La réponse, 3 mars 1332 (16 mars 1916)
(Ligne 6) ... et ...
(Ligne 10) ... que ...
(Ligne 13) ... compris du contenu
7 mars 1332 (20 mars 1916)
[29]

Comme 1’«original» de ce texte ne veut naturellement rien dire, on s’intéressera au texte d’Andonian dans la version française:
«No 76

«A la Direction générale de l’installation des tribus et des déportés.

«Réponse au télégramme chiffré du 3 mars 1916.

«D’après les rapports reçus, les Arméniens morts jusqu’à ce jour, par différentes causes, sont 35.000 aux environs de Bab et de Meskene, 10.000 à Alep (à Karlik), 20.000 dans les environs de Dipsi, d’Abouharrar et de Hamam, 35.000 à Rès-ul-Aïn, en tout 95.000 personnes.

«7 mars 1916

Abdulahad Nuri [30].»

Andonian ne donne aucune explication sur la façon dont il est parvenu à un tel texte à partir de ces groupes de deux chiffres...

Les textes anglais et français se ressemblent d’une façon générale. On y trouve cependant deux différences. La première, c’est que dans le texte français le chiffre des morts arméniens est de 95.000, tandis qu’il est de 100.000 dans le texte anglais. La seconde, c’est le changement de nom de l’autorité à laquelle était adressé le télégramme: en français, il s’agit de la «Direction générale de l’installation des tribus et des déportés», en anglais, c’est le «General Committee for Settling the Deportees» (Comité général pour l’installation des déportés). Andonian décidément n’arrive pas à déterminer nettement la fonction d’Abdulahad Nuri Bey ni le nom de l’autorité d’Istanbul.
 
«DOCUMENT» No VIII
Ce «document» attribué à Abdulahad Nuri Bey, constitué de groupes de deux chiffres et de quelques mots éparpillés, est un «télégramme chiffré» qui porte la date du 13 décembre 1331(26 décembre 1915) et le numéro 51. Voici le texte:

A la Direction générale de l’installation des tribus et des émigrés.
(ligne 1) daté du 9 septembre 1331 (22 septembre 1915)
(ligne 4) ordre; et du 20 novembre 1331 (3 décembre 1915) (ligne 6)... qu ‘on s’empresse...
(ligne 10) ... en comprenant ceux qui étaient; à partir de là...
(ligne 12) ... selon...
(ligne 13) ... opération faite (ligne 14) ... et que le (sujet)
(ligne 15) ... qui était not?fié
13 décembre 1331(26 décembre 1915)
[31]

Comme le texte «original» est incompréhensible, on s’intéressera encore une fois au texte de la version française:
«No 51

«A la Direction générale de l’installation des tribus et des déportés.

«Par le télégramme chiffré du 9 septembre 1915 et par le haut télégramme du 20 novembre 1915 du ministère de l’Intérieur, il avait été ordonné d’arrêter les nommés Hapèt Aràmian, Karabet Antounian et Arsèn Chahbazian. Nous informons que, nous étant assurés que ces personnes se trouvaient à Rès-ul¬Aïn, selon l’ordre du ministère, l’opération nécessaire les concernant a été accomplie par les soins d’un fonctionnaire envoyé d’ici, et le fait a été porté à la connaissance du ministère par la préfecture.

«Le 13 décembre 1915
Abdulahad Nuri [32]»

Naturellement, Andonian ne donne toujours pas de renseignements sur la façon dont il a transcrit le «télégramme chiffré» pour aboutir au texte ci-dessus.

Notons que les trois noms cités dans le texte français ne se trouvent pas dans la version anglaise, et que la dernière phrase du «télégramme» est différente d’un texte à l’autre.

Sous le titre «L’étendue générale des massacres», on trouve un autre «télégramme» dont Andonian fournit le texte, mais pas 1’«original».

Il ose prétendre que dans ce «télégramme» envoyé par Talât Pacha à la préfecture d’Alep, daté du 23 novembre 1915, numéro 691, «il était ordonné que tout Arménien des provinces orientales qu’on trouve dans les parages soit extermine par des moyens secrets [33].»

Les explications ci-dessous vont démontrer que ces «documents» sont faux, comme les autres, et fabriqués au nom de la «cause arménienne»:

a) Le premier document était un prétendu «télégramme» adressé par Talat Pacha à la préfecture d’Alep, daté du 3 septembre 1331 (16 septembre 1915), numéroté 502. Au bas de ce faux télégramme se trouvaient les apostilles du préfet d’Alep, Mustafa Adbulhalik Bey, datées du 5 septembre (18 septembre). Ce faux document est présenté ici. Or Mustafa Abdulhalik Bey n’était préfet d’Alep ni le 3 ni le 5 septembre 1331. A cette date, c’est Bekir Sami Bey qui occupait cette fonction. Mustafa Abdulhalik Bey sera préfet d’Alep le 27 septembre 1331 (10 octobre 1915).

Andonian commet donc une nouvelle erreur en faisant apostiller et signer un «télégramme» à Mustafa Abdulhalik Bey en tant que préfet d’Alep, alors qu’il ne l’était pas.

Il est facile de contrôler ce fait grâce aux véritables documents d’archives. On publie ici deux documents authentiques qui se trouvent dans les archives de la présidence du Conseil, à Istanbul (ministère de l’Intérieur, carton d’Alep). L’un est un message adressé par le préfet d’Alep, Bekir Sami Bey, au ministère de ?’Intérieur, le 22 septembre 1331 (5 octobre 1915), numéroté 452.

Dans ce message, Bekir Sami Bey précise qu’il a pris ses fonctions le 24 juin 1331 (7 juillet 1915) et qu’un courrier qui demandait une réponse ne lui appartenait pas. Comme le message envoyé par Bekir Sami Bey est daté du 22 septembre 1331, il est évident que Mustafa Abdulhalik Bey n’était pas préfet d’Alep le 3 septembre 1331, c’est-à-dire dix-neuf jours avant cette date.

Le deuxième document est un message, numéroté 668, daté du 10 janvier 1331 (23 janvier 1916), adressé au ministère de l’Intérieur par Mustafa Abdulhalik Bey, devenu préfet d’Alep. Ce document montre que le ministère de l’Intérieur avait demandé le 27 septembre 1331 (10 octobre 1915) à Mustafa Abdulhalik Bey de lui confirmer sa prise de fonction, et que Mustafa Abulhalik Bey avait répondu à ce message par un autre, en date du 9 novembre 1331 (22 novembre 1915). De plus, le document démontre une fois de plus que la signature de Mustafa Abdulhalik Bey ne ressemble pas du tout à celle des faux documents d’Andonian.

b) Par ailleurs, il existe un véritable télégramme chiffré expédié par le ministère de l’Intérieur à la préfecture d’Alep, le 3 septembre 1331. Il ne porte pas le numéro 502, comme le prétend Andonian, mais le numéro 78 et se rapporte au forage de puits pour chercher de l’eau dans différentes régions de la presqu’île du Sinaï. La photocopie de la page 20 du Cahier de registre d’expédition chiffrée de la section d’Alep, année 1331, en fait la preuve.

Le faux document du 3 septembre 1331 (16 septembre 1915), attribué par Andonian à Talât Pacha, ministre de I’Intérieur [1].



Document authentique d’archives
Message du 22 septembre 1331 (5 octobre 1915), no 452, adressé par le préfet d’AIep, Bekir Sami, au ministère de l’Intérieur. Dans ce message, Bekir Sami indique qu’il a pris ses fonctions comme préfet d’Alep le 24 juin 1331 (7 juillet 1915) et souligne qu’un message demandant une réponse n’émane pas de lui.



Document authentique d’archives
Message du 10 janvier 1331 (23 janvier 1916), no 668, adressé par le préfet d’Alep, Mustafa Abduihalik Bey, au ministère de l’Intérieur. En voici la traduction:
«Réponse à votre message du 23 décembre 1331 (5 janvier 1916), no 136. «A votre message du 27 septembre 1331 (10 octobre 1915) no 370, relatif à ma prise de fonctions, fi a été répondu par le message du 9 novembre 1331 (22 novembre 1915).»


 
Comme le véritable télégramme expédié le 3 septembre 1331 porte le numéro 78 au lieu de 502, tous les numéros mis par Andonian sur les faux télégrammes adressés par le ministère de l’Intérieur à la préfecture d’Alep deviennent inexacts et les documents, du même coup, sans valeur.

Archives de la présidence du Conseil des ministres, Cahier de registre d’expédition chiffrée, année 1331, section d’Alep, page 20.


* Télégramme chiffré no 78 du ministère de ?’Intérieur à la préfecture d’Alep. Date: 3 septembre 1331 (16 septembre 1915). Objet: forage de puits pour chercher l’eau dans différentes régions de la presqu’île du Sinai.
** Télégramme chiffré no 79 du ministère de I’Intérieur à la préfecture d’Alep. Date: 5 septembre 1331 (18 septembre 1915). Objet: le directeur de l’Émigration, ?ükrü Bey, est chargé de surveiller le transfert des Arméniens vers les destinations qui leur ont été assignées.

c) Dans le faux télégramme, numéro 537, daté du 29 septembre 1331 (12 octobre 1915), adressé par le ministre de I’Intérieur, Talât Pacha, à la préfecture d’Alep, selon Andonian, on trouvait ceci: «on apprend que des gens du peuple et certains fonctionnaires se marient avec des femmes arméniennes» et «il est instamment recommandé de l’empêcher sévèrement et de transférer les femmes de ce genre séparément».
 
Le véritable télégramme chiffré, adressé par le ministre de l’Intérieur à la préfecture d’Alep le 29 septembre 1331, ne porte pas le numéro 537, mais le numéro 95. Son objet est le renvoi à Kozan du frère du député Nalbantian, Kir-kor Nalbantian, qui se trouvait à Alep. La page 24 du Cahier de registre d’expédition chiffrée de la section d’Alep, année 1331, dont la photocopie est publiée ici, le montre clairement.

Archives de la présidence du Conseil des ministres, Cahier de registre d’expédition chiffrée, année 1331, section d’Alep, page 24.



* Télégramme chiffré no 95 du ministère de l’Intérieur à la préfecture d’Alep. Date: 29 septembre 1331 (12 octobre 1915). Objet: le renvoi à Kozan du frère du député Nalbantian, Kirkor Nalbantian, qui se trouvait à Alep.

d) Bien que le faux télégramme chiffré daté du 13 décembre 1331 (26 décembre 1915), numéroté Si, attribué par Andonian à Abdulahad Nuri Bey, soit constitué de groupes de deux chiffres, on constate que dans les lignes 1, 12 et 14 se trouvent des groupes de trois chiffres. Or, pour un technicien, il est presque impossible de déchiffrer un message de ce genre; ignorant ce détail, la personne qui l’a préparé a commis là une lourde erreur.

e) Il n’y a aucun numéro sur les «originaux des trois télégrammes» prétendument envoyés, selon Andonian, par Abdulahad Nuri Bey à la Direction générale de l’installation des tribus et des déportés à Istanbul. On ignore pourquoi et comment Andonian les a numérotés 51, 57 et 76.

En outre, bien que ces documents ne portent aucune signature, Andonian leur attribue celle d’Abdulahad Nuri; or on n’y trouve guère qu’un paraphe, dans lequel il est absolument impossible de lire «Abdulahad Nuri».

f) Le «document» numéroté 76 est écrit sur un papier à double réglure qui ne porte aucun signe officiel. Ce papier ressemble plutôt à celui qui était utilisé à l’époque dans les écoles françaises pour les exercices de calligraphie et ne pouvait en aucun cas servir de papier officiel dans les bureaux de l’administration ottomane.

g) Sur le même «document» numéroté 76 se trouve la date du 7 mars 1332 (20 mars 1916).
Comme on l’a expliqué plus haut, la nouvelle année commençait le 1er mars jusqu’en 1917, donc les numéros d’expédition et de réception des correspondances recommençaient au numéro un à partir de cette date. Andonian avait bien placé les «documents» 51, 57 et 76 dans un ordre chronologique selon lui, mais il avait oublié que l’année commençait le 1er mars. Comme il est inconcevable qu’Abdulahad Nuri Bey ait envoyé 76 «télégrammes chiffrés» entre le 1er mars et le 7 mars à la Direction générale d’Istanbul, on a, une fois de plus, la preuve de la fausseté des «documents».

h) La date de 1’«original» du document numéro 57 est celle du 10 janvier 1332, c’est-à-dire le 23 janvier 1917. Andonian, négligeant les différences du calendrier, avait mis sur ce «document» la date du 10 janvier 1916. Dans ce cas-là, le «document» contredit la chronologie inventée par Andonian.

i) Andonian attribue à Abdulahad Nuri Bey deux «télégrammes chiffrés» qui portent le même numéro 76.

L’un d’eux est un «document» daté du 7 mars 1332(20 mars 1916) souvent cité ci-dessus et dont l’«original» existe. L’autre est daté du 17 février 1916 [34].

Les deux faux documents sont adressés à la même autorité. Comme ces deux «documents» se trouvent dans les pages 122 et 123 de la publication française, ils constituent une preuve de plus qu’Andonian les a inventés avec précipitation. On ne sait pourquoi, il n’a pas commis la même erreur dans la publication anglaise du livre: il n’a pas mis le document inventé du 17 février 1916.

j) Dans les pages 111 de l’édition française de son livre et 55 de l’édition anglaise, Andonian donne le texte d’un faux télégramme chiffré, prétendument envoyé par Talât Pacha à la préfecture d’Alep, à la date du 23 novembre 1915, numéro 691.

Dans ce «télégramme» dont il ne publie pas 1’«original», il prétend que Talât Pacha «ordonne que tout Arménien des provinces orientales qu’on trouve dans les parages soit exterminé par des moyens secrets».

Ce «télégramme» est un faux, lui aussi, car à la date du 23 novembre 1331 (6 décembre 1915), aucun télégramme chiffré n’a été envoyé par le ministère de l’Intérieur à la préfecture d’Alep. Ce fait va être clairement exposé par la publication, ici, de la photocopie de la page 42 du Cahier de registre d’expédition chiffrée de la section d’Alep, année 1331.

Le numéro du télégramme chiffré envoyé à la préfecture d’Alep à la date du 22 novembre 1331 (5 décembre 1915) est 163, celui du télégramme chiffré envoyé le 25 novembre (8 décembre) est 164.

Le télégramme chiffré numéro 163 concerne un navire de guerre envoyé par le gouvernement français avec la mission de détruire le dépôt de pétrole sur la côte de Syrie, le numéro 164 traite du recensement de la population à l’est du département.

Archives de la présidence du Conseil des ministres, Cahier de registre d’expédition chiffrée, année 1331, section d’Alep, page 42.


* Télégramme chiffré no 163 du ministère de I’Intérieur à la préfecture d’Alep. Date: 22 novembre 1331 (5 décembre 1915). Objet: un navire de guerre ennemi a reçu mission de détruire le dépôt de pétrole sur la côte syrienne.
** Télégramme chiffré no 164 du ministère de l’Intérieur à la préfecture d’Alep. Date: 25 novembre 1331 (8 décembre 1915). Objet: recensement de la population à l’est du département.

On sait que, en fabriquant ses faux documents, Andonian négligeait toujours d’ajouter 13 jours à la date en passant du calendrier ottoman au calendrier contemporain.
 
Si on accepte qu’Andonian ait fait ce compte pour ce faux document date du 23 novembre 1915 dont 1’«original» n’existe pas, la date de ce faux document devient celle du 10 novembre 1331. Si l’on jette un coup d’œil sur la page 39 du Cahier de registre d’expédition chiffrée de la section d’Alep, année 1331, on constate qu’à la date du 10 novembre 1331 deux télégrammes chiffrés avaient été envoyés à Alep. Le premier télégramme chiffré, numéroté 153, demande de communiquer la date exacte du télégramme chiffré auquel répond le télé¬gramme expédié, concernant le docteur Richelieu. Et le numéro 154 concerne le transfert d’Hampar Gizirian, fonctionnaire de la Banque ottomane, de Tarsus à Alep.

Comme on le voit, Andonian, une fois encore, a inventé de toutes pièces un faux télégramme auquel il a donné un numéro inexact. Les numéros des véritables télégrammes chiffrés adressés par le ministère de l’Intérieur à Alep, le 23 novembre 1915 (10 novembre 1331), prennent en défaut une fois de plus le système de numérotation utilisé par Andonian.


 

7- « Les petits martyrs »
Sous ce titre, Andonian prétend que le «gouvernement turc avait tout d’abord décidé de laisser vivants les Arméniens en dessous de quinze ans; mais un ordre ultérieur prescrivit de n’épargner que ceux âgés de moins de sept ans et ensuite que ceux âgés de moins de cinq ans, ceux qui dépassaient cet âge ayant été égorgés dans les conditions les plus effroyables.»

Il allègue encore que Mustafa Abdulhalik Bey, préfet de Bitlis, «avait fait brûler vivants environ un millier d’enfants arméniens avant son arrivée à Alep», que le but du gouvernement était de «détruire la future génération arménienne, afin de réaliser l’extermination générale de la race» et que «les enfants au-dessous de cinq ans avaient été épargnés pour être élevés comme des Turcs, comme au temps des Janissaires» [35].

On répondra au moyen des documents d’archives ottomanes publiés au chapitre III.

Pour appuyer ses allégations, Andonian fournit huit faux documents et public trois des prétendus originaux dans l’édition française, deux dans l’édition anglaise.

Comme l’un de ces «originaux» est publié dans les deux éditions, le nombre total d’«originaux» de ces faux documents est de quatre.

Il attribue six de ces faux documents à Talât Pacha, deux à Abdulahad Nuri Bey; les quatre documents dont il donne les «originaux» appartiennent, scion lui, à Talât Pacha. Les voici:

«DOCUMENT» No IX
Copie du télégramme chiffré, numéro 603, daté du 5 novembre 1331 (18 novembre 1915), du ministère de l’Intérieur.

Archives de la présidence du Conseil des ministres, Cahier de registre d’expédition chiffrée, année 1331, section d’Alep, page 39.



* Télégramme chiffré no 153 du ministère de I’Intérieur à la préfecture d’Alep. Date: 10 novembre 1331 (23 novembre 1915). Objet: faire savoir la date exacte du télégramme chiffré auquel répondait le télégramme concernant le docteur Richelieu.
** Télégramme chiffré no 154 du ministère de l’Intérieur à la préfecture d’Alep. Date: 10 novembre 1331 (23 novembre 1915). Objet: le transfert de Hampar Gizirian, fonctionnaire de la Banque ottomane, de Tarsus à Alep.


On apprend que les enfants des personnes connues transférées des départements de Sivas, Mamuretilaziz, Diyarbak?r et Erzurum, étant restés orphelins à la suite de la mort, en route, de leurs parents, sont adoptés ou pris comme domestiques par certaines familles musulmanes. Il es’ not?fié de recueillir tous les enfants qui se trouvent dans ce cas dans les départements et de les renvoyer au lieu de leur installation et d’aviser la population par le moyen qu‘on jugera propice.
Le Ministre de l’Intérieur, Talât

Entretenez-vous avec le directeur de la police.
A la Sous - Direction générale des émigrés
Le 7 novembre

Le Préfet, Mustafa Abdulhalik [36].

Les versions française et anglaise du texte correspondent, d’une façon générale, à 1’«original» publié dans l’édition française, mais dans le texte anglais Mustafa Abdulhalik Bey transmet le document aux «Représentants du comité général des Déportations» (Representatives of the General Deportation Committee) au lieu du sous-directeur général des Déportés.

«DOCUMENT» No X
Copie déchiffrée du télégramme chiffré du ministère de l’Intérieur, numéro 830, daté du 12 décembre 1331(25 décembre 1915).

Recueillir et nourrir les orphelins des personnes connues qui ne pourraient se rappeler les malheurs de leurs parents; renvoyer les autres en les plaçant dans les convois.
Le 12 décembre 1331


A la Sous - Direction générale des émigrés
Le 12 décembre 1331
Le Ministre de l’Intérieur, Talât Le Préfet, Mustafa Abdulhalik [37]

Le texte du «document» dont 1’«original» se trouve dans les deux publications est similaire en turc, en français, en anglais. Néanmoins, le mot turc «mal heurs» est traduit par «terreurs» en français, «tortures» en anglais.

L’intention d’Andonian, en essayant de faire dire lourdement à Talât Pacha que «les orphelins... qui ne pourraient se rappeler les malheurs de leurs parents... », est évidemment de renforcer la crédibilité des histoires qu’il raconte.

«DOCUMENT» No XI
Copie déchiffrée du télégramme chiffré du ministère de I’Intérieur, numéro 853, daté du 23 janvier 1332 (5 février 1917).

A une époque où des milliers d’émigrés et de veuves et orphelins de martyrs musulmans ont besoin de protection et de nourriture, Il n ‘est pas convenable de faire des frais superflus pour nourrir les enfants laissés par des personnes connues qui, à l’avenir, ne serviront pas à autre chose qu ‘à recommencer à nuire.
 
Les renvoyer en les plaçant dans les convois et envoyer, conformément à la dernière instruction, à Sivas, ceux qu ‘on est en train de nourrir.
Le Ministre de l’Intérieur, Talât

A la Sous - Direction générale des émigrés
Le 25 janvier

Le Préfet, Mustafa Abdulhalik [38]

Le texte du «document» dont l’«original» se trouve dans l’édition anglaise est à peu près identique en turc, en français, en anglais. Néanmoins, la date, dans l’édition française, est celle du 23 janvier 1915 (à cette date, le transfert des Arméniens n’est pas commencé); dans le texte anglais, celle du 23 janvier 1916; et dans le texte turc celle du 23 janvier 1332, qui correspond à celle du 5 février 1917. En outre, l’apostille du préfet Mustafa Abdulhalik ne figure pas dans le texte anglais.

Il n’y a aucun doute que ce «télégramme» est fabriqué pour donner du crédit à la prétendue volonté de «détruire la future génération arménienne».

«DOCUMENT» No XII
Ce «document», qui est un «télégramme chiffré» prétendument attribué à Talât Pacha, ayant été écrit sur un papier télégraphique des PTT et déchiffré sur ce même papier, constitue l’un des deux «télégrammes» les plus importants sur lesquels s’appuient encore les millieux arméniens et qui se retrouvent dans toutes leurs publications. L’autre «télégramme» sera examiné plus loin.
A la préfecture d’Alep
N° 819
Date: 7 mars 1332 (20 mars 1916) Date de réception: 8 mars
Reçu par Zeki

Prétextant qu ‘ils seront nourris par les Bureaux des émigrés, prendre et exterminer en masse, sans éveiller les soupçons, les enfants des personnes connues recueillis et nourris en route par les stations (militaires) sur l’ordre du ministère de la Guerre, et en communiquer le résultat.
Le Ministre de l’Intérieur, Talât [39]

L’«original» de ce «document», qui est l’un des sommets des allégations arméniennes, se trouve dans l’édition française. Les textes se ressemblent en turc, en anglais et en français.

Cependant, alors qu’en turc et en français il est écrit: «les personnes connues», on trouve en anglais: «les Arméniens».

Le texte français ne comporte pas de numéro, le texte anglais n’est ni daté ni numéroté.
En donnant la priorité à ce dernier «télégramme», on démontrera pourquoi ces documents sont des faux.

Archives de la présidence du Conseil des ministres, Cahier de registre d’expédition chiffrée, année 1331, section d’Alep, page 2.



*Télégramme chiffré no 9 du ministère de I’Intérieur à la préfecture d’Alep. Date: 7 mars 1332 (20 mars 1916). Objet: les Arméniens qui se trouvent à Antep

a) Le 7 mars 1332 (20 mars 1916), aucun télégramme numéro 819 n’a envoyé par le ministère de I’Intérieur à la préfecture d’Alep.

Le vrai télégramme envoyé ce jour-là porte le numéro 9 et concerne les Arméniens qui se trouvaient à Antep.

La photocopie de la page 2 du Cahier de registre d’expédition chiffrée de la section d’Alep, année 1332, publiée ici le prouve clairement.

b) Andonian, négligeant la différence entre les calendriers ottoman et grégorien, a mis le numéro 819 sur le faux télégramme du 7 mars 1332. Comme le jour de l’an était le 1er mars en 1332, il est impossible que 819 télégrammes chiffrés aient été envoyés d’Istanbul à la préfecture d’Alep entre le 1er et le 7 mars!

c) Bien que le faux télégramme d’Andonian soit composé de groupes de trois chiffres, on trouve des groupes de deux chiffres à la ligne 6. Il est difficile d’admettre qu’une telle erreur, qui s’oppose à la technique habituelle du déchiffrage, ait pu être commise.

d) Durant les années 133 1-1332 (1915-1916), on a utilisé des groupes de chiffres par deux, quatre et cinq, mais pas des groupes de trois.

A la date du 7 mars 1332, le système de chiffrage en vigueur était celui du groupement par quatre. Les documents authentiques qui se trouvent dans les archives de l’état-major général, archives de la Première Guerre mondiale, armoire 130, classeur 1762, dossier 187, en sont une preuve irréfutable.

Andonian, n’ayant guère de raisons de connaître le système de chiffrage de l’époque, avait préparé ou fait préparer le faux télégramme par groupes de trois chiffres et s’était donc fourvoyé.

Comme dans le chapitre déjà vu intitulé «L’étendue générale des massacres», les faux télégrammes chiffrés no 51, 57 et 76, attribués à Abdulahad Nuri Bey, étaient préparés par groupes de deux chiffres et puisque dans les années 191 5-1916 ce système par deux chiffres avait été utilisé un certain temps, ne pourrait-on poser la question de l’authenticité de ces derniers télégrammes? Les explications fournies dans ce chapitre rendront la question inutile.

e) Sur les faux télégrammes qui seront publiés à la fin du livre, sous les numéros 830 et 853, on peut voir clairement que les prétendues signatures du préfet Mustafa Abdulhalik Bey ne sont que des imitations.

f) Le premier faux document donné par Andonian dans le chapitre intitulé «Les petits martyrs» est supposé avoir été envoyé par le ministère de l’Intérieur à la préfecture d’Alep le 5 novembre 1331 (18 novembre 1915) et porte le numéro 603.

Or le véritable télégramme chiffré envoyé à la préfecture d’Alep le 5 novembre 1331 porte le numéro 150. Approuvant les décisions prises par la délégation présidée par Cemal Pacha à la suite des entretiens à Alep, le ministre de l’Intérieur ordonne que les transferts dans les sandjaks d’Urfa et de Zor et dans le département d’Adana soient poursuivis jusqu’à leur terme, en communication avec la préfecture d’Adana.

Archives de la présidence du Conseil des ministres, Cahier de registre d’expédition chiffrée, année 1331, section d’Alep, page 38.



* Télégramme chiffré n° 150 du ministère de I’Intérieur à la préfecture d’Alep. Date: 5 novembre 1331 (18 novembre 1915). Objet: les décisions prises par la délégation présidée par Cemal Pacha à la suite des entretiens à Alep ayant été approuvées, les transferts dans les sandjaks d’Urfa et de Zor et dans le départe ment d’Adana seront poursuivis jusqu’à leur terme, en liaison avec la préfecture d’Adana.

La photocopie de la page 38 du Cahier de registre d’expédition chiffrée de la section d’Alep, année 1331, sur laquelle est enregistré ce télégramme est publiée ici.

g) Dans ce même chapitre, Andonian a donné le texte d’un faux télégramme chiffré daté du 12 décembre 1331 (25 décembre 1915) et numéroté 830. Il y a réellement deux télégrammes envoyés par le ministre de I’Intérieur à la préfecture d’Alep à cette date, mais il n’y a aucun rapport, ni de numéro ni de sujet, entre ceux-ci et celui d’Andonian.

Le premier télégramme chiffré, no 178, concerne l’examen de la copie du télé gramme envoyé d’Alep sous la signature de Sadik à l’ambassade d’Iran, et le télégramme chiffré no 179 traite de l’expédition des preuves relatives à la mauvaise conduite d’Osep Borborsian, d’Antep.

Archives de la présidence du Conseil des ministres, Cahier de registre d’expédition chiffrée, année 1331, section d’Alep, page 45.



* Télégramme chiffré no 178 du ministère de l’Intérieur à la préfecture d’Alep. Date: 12 décembre 1331 (25 décembre 1915). Objet: l’examen de la copie du télégramme envoyé d’Alep à I’ambassade d’Iran sous la signature de Sad?k.
** Télégramme chiffré no 179 du ministère de l’Intérieur à la préfecture d’AIep. Date: 12 décembre 1331 (25 décembre 1915). Objet: l’expédition des preuves relatives à la mauvaise conduite d’Osep Borborsian, d’Antep.

La photocopie de la page 45 du Cahier de registre d’expédition chiffrée de la section d’Alep, année 1331, est publiée ici.

h) Andonian a donné le texte d’un autre télégramme chiffré, no 853, daté du 23 janvier 1332(5 février 1917). A cette date aucun télégramme chiffré n’a  envoyé à Alep.

Un télégramme chiffré, no 189, a été envoyé le 18 janvier 1332 (31 janvier 1917) et un autre, no 190 a été envoyé le 26 janvier 1332 (8 février 1917).

Le premier concerne l’envoi de six Anglaises à Mersin dans quinze jours, le second concerne l’arrivée d’un prince afghan. On trouvera ci-dessous la photocopie des pages 38 et 39 du Cahier d’expédition chiffrée de la section d’Alep, année 1332, sur lesquelles ces télégrammes sont enregistrés.

i) L’«original» du faux document numéroté 853 et les textes anglais et français correspondants portent des dates différentes. En français, il est daté du 23 janvier 1915 (on comprend d’après le livre qu’il doit s’agir de 1916). Dans le texte anglais, la date est celle du 23 janvier 1916 alors que le pseudo - original porte la date du 23 janvier 1332, c’est-à-dire du 5 février 1917. Si Andonian avait mis la date du 23 janvier 1331 sur le pseudo - original, il aurait pu faire passer le document pour authentique, mais, ne l’ayant pas fait, la grossièreté du truquage saute immédiatement aux yeux.

j) Il est clair qu’il n’y a aucun rapport entre le numéro des faux télégrammes d’Andonian et ceux des télégrammes authentiques. Ce qui est encore plus intéressant, c’est l’inconséquence d’Andonian dans la numérotation. En effet, sur le faux télégramme daté du 12 décembre 1915, il met le numéro 830, sur celui du 29 décembre 1915, le numéro 809 [40], sur celui du 4 janvier 1916 le numéro 820 [41]. Comme un télégramme antérieur ne peut en aucun cas porter un numéro plus élevé qu’un télégramme ultérieur, l’erreur est manifeste.


 

8 - «Les encouragements»
Dans ce chapitre, Andonian prétend que le gouvernement turc a encouragé ses fonctionnaires et le peuple musulman à «massacrer les Arméniens» et qu’il n’a jamais puni les «meurtriers»; il donne, pour justifier ses allégations, le texte de quatre «documents». Ces quatre «télégrammes», dont il publie deux «originaux» dans l’édition française, sont attribués à Talât Pacha.

Voici les textes de ces deux faux documents:

«DOCUMENT» No XIII
Copie déchiffrée du télégramme chiffré daté du 3 octobre 1331 (16 octobre 1915), numéro 544, du ministère de I’Intérieur.

La raison de la désignation du sandjak de Zor comme lieu d’installation a été expliquée par la missive secrète no 1843 en date du 2 septembre 1331 (15 septembre 1915).

Archives de la présidence du Conseil des ministres, Cahier de registre d’expédition chiffrée, année 1332, section d’Alep, page 38.



* Télégramme chiffré no 189 du ministère de l’Intérieur à la préfecture d’Alep. Date: 18 janvier 1332 (31 janvier 1917). Objet: I’échange de six Anglaises, transférées de Bagdad à Alep, contre une famille ottomane ayant été décidé, il convient de les envoyer dans quinze jours à Mersin.

Archives de la présidence du Conseil des ministres, Cahier de registre d’expédition chiffrée, année 1332, section d’Alep, page 39.



* Télégramme chiffré no 190 du ministère de l’Intérieur à la préfecture d’Alep. Date: 26 janvier 1332 (8 février 1917). Objet: réserver un bon accueil au prince afghan qui va passer en provenance d'Alep.

Étant donné que tous les délits qui seront commis en cours de route par la population sur les personnes connues serviront à la réalisation du but poursuivi par le gouvernement, il n ‘y a pas lieu d’engager de poursuite judiciaire. Les sandjaks de Zor et d’Urfa sont également avisés.
Le Ministre de l’Intérieur, Talât

A la Sous - Direction générale des émigrés
Le 5 octobre

Le Préfet, Mustafa Abdulhalik [42]


Les textes sont très proches en turc, en français et en anglais. Toutefois, la «note» de Mustafa Abdulhalik Bey ne se trouve pas dans le texte anglais; en outre, le mot turc «missive» devient «télégramme chiffré» en français et «order» (ordre) en anglais; enfin, l’expression en turc «les délits qui seront commis», qui est exactement traduite en anglais, passe en français comme «les excès commis».

L’un des buts visés par Ce faux document est, sans doute, de faire dire à Talât Pacha que «ce qui est fait contre les Arméniens est un délit».

Comme les documents provenant des archives ottomanes qui seront publiés au chapitre III donneront la réponse qui convient à cette allégation, il est sans intérêt d’ouvrir ici une discussion à ce sujet.

Néanmoins, il est utile de préciser à cette occasion que ceux qui ont maltraité les Arméniens durant les transferts et ceux qui n’ont pas convenablement gardé les convois ont été punis. En tout, 1.397 personnes furent traduites par le gouvernement devant les tribunaux militaires et la plupart d’entre elles ont été con damnées à différentes peines, allant jusqu’à la peine de mort [43].

«DOCUMENT» No XIV
Ce supposé document qui est un «télégramme chiffré» prétendument adressé par Talât Pacha à la préfecture d’Alep est, comme le «télégramme chiffré» numéro 819 déjà vu, un «document fondamental» utilisé, même de nos jours, en toutes occasions par les milieux arméniens.

Voici la transcription de ce «télégramme» constitué de groupes de trois chiffres, qui, pour obtenir le même effet que le «télégramme no 819», avait été écrit sur un papier de la poste:

A la préfecture d’Alep,
No 1181
Nombre de mots: 176
Date: 16 septembre 1331 (29 septembre 1915)
Date de réception: 17 septembre 1331 (30 septembre 1915)

Il a été précédemment communiqué que le gouvernement, sur l’ordre du Comité (Union et Progrès), a décidé d’anéantir et d’exterminer entièrement tous les Arméniens habitant en Turquie. Ceux qui s’opposeraient à cet ordre et à cette décision ne pourraient s’occuper de la vie officielle de l’Etat. Sans égard pour les femmes, les enfants et les infirmes, quelque tragiques que puissent être les mesures de l’extermination et sans se livrer aux sentiments de la conscience, on mettra fin à leur existence.
Le Ministre de l’Intérieur, Talât [44].

Les textes de Ce faux document sont similaires en turc, en anglais et en français. Toutefois, les textes turc et anglais portent la date du 16 septembre 1915, le texte français celle du 15 septembre 1915. On ne sait pour quelle raison, le numéro «1181» du prétendu original avait été omis sur les textes français et anglais.

Comme on le voit, Andonian veut faire avouer à Talât Pacha que les «mesures de l’extermination» sont «tragiques», et il essaie de donner l’impression que le gouvernement turc est «conscient» de sa culpabilité.

Les explications qui vont suivre montreront pourquoi ces pseudo - documents, donnés sous le titre d’«Encouragements», sont des faux.

a) Le premier est un prétendu télégramme chiffré adressé par le ministère de l’Intérieur à la préfecture d’Alep en date du 3 octobre 1331 (16 octobre 1915), numéroté 544.

Le véritable télégramme envoyé par le ministère de l’Intérieur à la préfecture d’Alep à cette date porte le numéro 100. Son sujet n’est naturellement pas celui qu’Andonian prétend être, à savoir «qu’il n’y aura pas de poursuite judiciaire contre ceux qui auront commis des délits en cours de route sur les personnes connues», mais d’assurer l’hébergement des familles de Kaprachian, de Hani-kian et de Torian qui se trouvaient à Alep.

On peut le constater dans la photocopie publiée ici de la page 26 du Cahier de registre d’expédition chiffrée de la section d’Alep, année 1331.

b) Quant au faux télégramme chiffré numéroté 1181, daté du 16 septembre 1331(29 septembre 1915), il faut préciser que le véritable télégramme chiffré envoyé à Alep le 16 septembre 1331 ne porte pas le numéro 1181 mais le numéro 84, comme on le voit sur la photocopie publiée ici de la page 22 du Cahier de registre d’expédition chiffrée de la section d’Alep, année 1331.

Son objet n’est naturellement pas «l’anéantissement de tous les Arméniens», mais «l’ajournement temporaire du transfert des techniciens arméniens en fonction dans les secteurs de 1’exploitation et de la construction des chemins de fer».

c) Bien que le faux télégramme d’Andonian numéro 1181 soit composé de groupes de trois chiffres, on constate dans les lignes 1, 4, 5, 6 et 7 des groupes de deux chiffres. Cela montre simplement qu’Andonian a apporté peu de soin à la fabrication de ce document.
 
d) On peut ajouter les précisions suivantes à Ce qu’on a déjà dit plus haut sur la technique de chiffrage utilisée pendant les années 1915-1916:

Il n’y a aucun rapport entre le système de chiffrage utilisé par Andonian et le véritable système de chiffrage utilisé à la date du 16 septembre 1331, date de l’expédition du faux télégramme.

Archives de la présidence du Conseil des ministres, Cahier de registre d’expédition chiffrée, année 1331, section d’Alep, page 26.



* Télégramme chiffré no 100 du ministère de I’Intérieur à la préfecture d’Alep. Date: 3 octobre 1331 (16 octobre 1915). Objet: l’hébergement des familles de Kaprachian, de Hanikian et de Torian qui setrouvent à Alep.

A cette époque, en effet, ce n’est pas le groupement de chiffres par trois, mais le groupement par cinq qui était en cours. Pour le démontrer, deux véritables télégrammes chiffrés, dont les originaux se trouvent dans les archives de l’état major général, envoyés par Talât Pacha le 13 août 1331 (26 août 1915) et le 28 novembre 1331 (11 décembre 1915), sont publiés ici.

Etant donné que la date du 16 septembre 1331 se situe entre les dates de des deux documents, la fausseté du télégramme d’Andonian apparaît clairement. En outre, on voit très bien que ces deux télégrammes chiffrés authentiques comportent uniquement des groupes de chiffres par cinq et non pas, comme sur les faux télégrammes d’Andonian, des groupes de chiffres différents.
 
e) Les faux télégrammes d’Andonian dates du 16 septembre 1331 (29 septembre 1915) et du 7 mars 1332(20 mars 1916) sont écrits avec le même code de Chiffres, c’est-à-dire qu’un même groupe déterminé de chiffres est utilisé pour désigner la même lettre.

Archives de la présidence du Conseil des ministres, Cahier de registre d’expédition chiffrée, année 1331, section d’Alep, page 22.



* Télégramme chiffré no 84 du ministère de I’Intérieur à ta préfecture d’AIep. Date: 16 septembre 1331 (29 septembre 1915). Objet: l’ajournement temporaire du transfert des techniciens arméniens en fonction dans les secteurs de l’exploitation et de la construction des chemins de fer.

Ce fait donne à penser que ce même code de chiffres serait resté en usage pendant presque six mois; or, dans un pays en état de guerre, il est impossible d’utiliser le même code pendant une aussi longue durée. Pour illustrer ce propos, on peut considérer deux documents d’archives tirés des dossiers des télégrammes chiffrés de l’année 1330 et qui font partie des archives de la présidence du Conseil.

Le premier est un télégramme chiffré, numéro 120, daté du 16 septembre 1330 (29 décembre 1914), envoyé par le ministère de l’Intérieur à la préfecture de Bagdad.

Télégramme chiffré authentique du 13 août 1331 (26 août 1915) adressé par Talat Pacha, ministre de l’Intérieur, au sandjak de Kal’a-i Sultaniye (Çanakkale) *.


*Archives de l'état-major général; document no I/60, dossier no 137, index no I/7.

Télégramme chiffré authentique du 28 novembre 1331 (11 décembre 1915) adressé par Talat Pacha, ministre de l’Intérieur, au sandjak de Karahisârisahib (Afyon)*.



*Archives de l'état-major général; document no I/60, dossier no 137, index no I/20.


Dans Ce télégramme, l’ordre est donné de supprimer l’ancien code de chiffrage en usage et de le remplacer par un nouveau. Le second télégramme, date du 22 février 1330(7 mars 1915), envoyé par le ministère de l’Intérieur à différentes préfectures et sandjaks (dont la préfecture de Bagdad), donne l’ordre d’annuler le code de chiffrage en cours en le brûlant. Ainsi en l’espace de deux mois le code a été changé deux fois.

Archives de la présidence du Conseil des ministres, dossiers de copies des télégrammes chiffrés de 1330, dossier no 48, série no 191.Télégramme chiffré du 16 décembre 1330 (29 décembre 1914), no 120 du ministère de l’Intérieur au préfet de Bagdad, Süleyman Nazif.Résumé: recueillir auprès de Re?it Bey le nouveau code de chiffrage, l’utiliser désormais et ne jamais se servir de l’ancien.

f) L’étude faite plus haut a montré qu’il n’existait aucun rapport entre les numéros des faux télégrammes et ceux des télégrammes authentiques.

Par ailleurs, les numéros mis sur les faux télégrammes ne sont pas cohérents. Par exemple, le numéro du faux télégramme du 3 septembre 1331 (16 septembre 1915) est 502, celui du 29 septembre 1331(12 octobre 1915) est 537. Or le numéro du faux télégramme qui se situe entre ces deux dates, c’est-à-dire celui qui est daté du 16 septembre 1331(29 septembre 1915), est 1181.

Archives de la présidence du Conseil des ministres, dossiers de copies des télégrammes chiffrés de 1330, dossier no 50.

Télégramme chiffré du 22 février 1330(7 mars 1915) no 1067, du ministère de l’Intérieur aux préfectures de Edirne, Erzurum, Adana, Ankara, Ayd?n, Bitlis, Bassora, Bagdad, Beyrouth, Alep, Hudavendigâr (Bursa), Diyarbak?r, Syrie (Damas), Sivas, Trabzon, Kastamonu, Konya, Mamuretilaziz, Mossoul ; aux sandjaks de Urfa, Izmit, Bolu, Canik (Samsun), Çatalca, Zor, Karesi (Bal?kesir), Jérusalem, KaI’a-i Sultaniye, Mente?e (Mu?la), Teke (Antalya), Kayseri, Karahisârisahib.

Résumé: le code de chiffrage du troisième type utilisé auparavant dans la correspondance entre les préfectures et la Porte ayant été annulé et brûlé, brûler l’exemplaire qui se trouve sur place, et en rendre compte.

g) Enfin, il est clair que la signature apposée sur le faux télégramme numéro 544 n’est pas celle du Mustafa Abdulhalik Bey. On pourra le constater dans le texte qui sera publié au chapitre consacré aux faux documents, à la fin du livre.


 

9-« Les essais de justification »
Sous ce titre, Andonian prétend que le gouvernement turc, tout en «massacrant totalement les Arméniens», essayait de justifier ce «massacre» et prépa rait dans ce dessein de faux documents.

Les propos précédemment cités dans le chapitre «La préméditation» con cernant «certaines armes et des bombes qui étaient entre les mains des Arméniens» se retrouvent dans ce chapitre.

Comme Andonian avait sans doute épuisé tous ses «documents» dans les précédents chapitres, il ne lui en reste que deux à insérer dans celui-ci. Mais, leurs originaux n’existant pas, il sera superflu de s’y attarder.

Quant à la question: «Par qui sont fabriqués les faux documents?», il semble qu’on y ait déjà suffisamment répondu.

Andonian prétend dans Ce chapitre que «certaines photographies reproduisaient les cadavres des Kurdes qui auraient été tués près de Diyarbak?r par des bandits arméniens, mais que ce n’étaient en réalité que des cadavres d’Arméniens massacrés, revêtus de costumes kurdes après leur égorgement» [45]. Cette allégation n’est qu’un autre élément de la propagande arménienne fondée sur des faux documents.


 

10- «Le deuxième acte»
Avec ce «deuxième acte», Andonian cherche à faire croire que, «saisissant l’occasion du repli des armées russes d’occupation et des forces arméniennes de l’Anatolie de l’est et prétextant que les Arméniens avaient rejoint les forces anglaises, le gouvernement turc s’était engagé à faire massacrer les Arméniens qui étaient encore en vie».

Sous ce titre, il donne un seul «document», qu’il attribue à Enver Pacha, ministre de la Guerre.

Comme 1’«original» de ce document n’existe pas, le texte de ce «télégramme chiffré» prétendument envoyé par Enver Pacha à tous les commandants militaires est publié ici d’après l’édition française pour montrer jusqu’où a pu aller Andonian dans son entreprise de falsification.

«DOCUMENT» No XV
Télégramme chiffré du ministère de la Guerre envoyé à tous les commandants militaires.
Par suite de la situation présente, l’extermination complète de la race arménienne a été décidée par un Iradé [décret] impérial. Les opérations suivantes doivent avoir lieu à ce sujet:

1) A part les enfants âgés de cinq ans, tous les bachi-bouzouks [qui ne sont pas militaires], sujets ottomans, habitant dans le pays et portant le nom d’Arméniens, doivent être sortis des villes et tués.
 
2) Tous les individus servant dans l’armée impériale doivent, sans donner lieu a un incident, être séparés de leur corps d’armée et fusillés en secret a l’abri des yeux indiscrets.

3) Les officiels qui sont dans les armées seront incarcérés dans leurs dépôts jusqu‘à ce qu ‘une nouvelle décision soit prise à leur sujet.

Quarante-huit heures après que ces trois dispositions auront été communiquées au commandement de chaque armée, un nouvel avis sera donné ci propos de leur exécution. En conséquence, en dehors de préparatifs indispensables, ne point entreprendre d’autre opération.
Le Commandant général en second et Ministre de la Guerre, Enver [46]

Ce «document» n’est pas daté dans l’édition française et porte la date du 27 février 1918 dans l’édition anglaise; Andonian prétend qu’il n’a pas été obtenu de Naim Bey mais acquis par un Arménien auprès d’un officier turc qui le lui avait montré [47].

Cette allégation et Ce faux document seront démentis par d’authentiques documents d’archives ottomanes dans le chapitre III. Néanmoins, comme «tous les Arméniens jusqu’aux enfants» auraient été massacrés à partir de 1915, on peut se demander comment s’explique la présence d’officiers arméniens dans l’armée en 1918!

On se contentera ici de développer les points qui paraissent intéressants.
Après avoir souligné que des articles de journaux turcs annonçaient que des Turcs étaient massacrés par les Arméniens ions de l’évacuation de l’est de l’Anatolie par les armées russes, Andonian admet que ces nouvelles contiennent peut être une part de vérité et poursuit:

«Une armée en retraite cherche avant tout la sécurité, toutes autres considérations ne viennent qu’après. Et la retraite des Arméniens, surtout au milieu des Turcs, ne pouvait pas être autrement [48]»

«Si réellement les Arméniens étaient des massacreurs, auraient-ils gardé sous leur domination ces Turcs jusqu’au jour de leur retraite, quand ils avaient de si justes comptes à régler avec eux? S’ils avaient eu une intention spéciale de les massacrer, auraient-ils attendu l’heure de leur retraite pour le faire? S’ils ont été contraints de les malmener quelque peu, cela n’a donc été dicté que par le souci de se prémunir contre les embûches qu’ils préparaient, ayant eu vent de l’avance de l’armée turque [49].»

On voit qu’Andonian trouve aisément des excuses aux Arméniens, mais pas aux Turcs.

Si «une armée en retraite cherche avant tout la sécurité «et que» toutes autres considérations ne viennent qu’après», le gouvernement et l’armée d’un pays ne peuvent-ils pas, par souci de sécurité, déplacer leurs citoyens lorsque ceux-ci sont en train de les trahir et de se joindre aux forces ennemies qui ont occupé le pays avec leur concours?

Puisque les Arméniens «ont été contraints de malmener quelque peu les Turcs pour se prémunir contre leurs embûches», le gouvernement d’un pays, dont la population civile est massacré, dont les forces armées sont frappés dans le dos, dont les voies de ravitaillement sont coupées, dont la sécurité à l’arrière du front est en péril, ne serait-il pas en droit de prendre des mesures pour faire face à une telle situation?

Il faut bien préciser que cette conception d’Andonian, selon laquelle ce qui est juste pour les Arméniens ne l’est pas pour les Turcs, est actuellement défendue avec obstination par les centres de terrorisme et de propagande arméniens. Dans le livre d’Andonian et dans ses «documents» se trouvent d’autres erreurs plus ou moins importantes. Ces erreurs, qui sont négligeables par rapport à la fausseté des «documents» eux-mêmes, ne seront pas examinées ici.

Au sujet de ces «documents», il faut souligner un autre point intéressant: c’est que même dans les milieux connus pour leur sympathie pour les Arméniens il règne un certain scepticisme quant à leur authenticité. Ainsi, deux auteurs connus au service de la propagande arménienne, Gérard Chaliand et Yves Ter - non, ne peuvent s’empêcher d’émettre un doute en écrivant dans leur livre «Le génocide des Arméniens», à propos des «documents d’Andonian»: «Ces télé grammes ont, s’ils sont authentiques, une importance particulière [50].» Malgré cette réserve, ils ne trouvent pas d’inconvénient à en publier les textes!


 

11 - Les déportés de Malte
Cette partie sur les déportés de Malte est en rapport étroit avec les «documents» d’Andonian.
Celui-ci, nous l’avons vu, fondait «l’authenticité des documents» qu’il publiait sur la prétendue signature du préfet d’Alep, Mustafa Abdulhalik Bey.

De même on a vu que les forces britanniques qui occupaient Istanbul avaient exilé à Malte certains Turcs «qui avaient été estimés coupables des événements arméniens» pour y être jugés, et que ce même Mustafa Abdulhalik Bey était du nombre. Les pays de l’Entente, et surtout la Grande-Bretagne et la France, qui avaient qualifié de «massacre» les transferts des Arméniens par le gouvernement ottoman, avaient déclaré, sans même attendre la mise en application de des transferts, en mal 1915, qu’elles puniraient les «responsables des massacres».

Elles avaient tenté, en recourant à toutes sortes de moyens, pendant la guerre, d’utiliser les «événements» contre les Ottomans, et ces tentatives avaient donné des résultats favorables tant pour eux que pour les Arméniens, particulièrement dans le domaine de la propagande.

A la suite de l’armistice de Moudros du 30 septembre 1918, par lequel l’Etat ottoman acceptait la reddition, les pays de l’Entente qui avaient occupé Istanbul et certaines régions de I’Anatolie avaient procédé sous divers prétextes à des arrestations parmi les dirigeants ottomans. Parmi eux se trouvaient ceux qui étaient considérés comme responsables des «événements arméniens».

Les arrestations se faisaient d’après les listes préparées par les soins de la «section gréco - arménienne» qui travaillait auprès du Haut - Commissariat britannique à Istanbul et qui, dans cette besogne, n’épargnait aucun effort. Les Bri tanniques avaient transféré ensuite les détenus à Malte. Andonian précise dans l’édition française de son livre qu’il était au courant de ce développement:

«Au moment où j‘écris ces lignes, une nouvelle arrivée à Londres dit que les autorités anglaises de Constantinople [Istanbul], craignant sans doute qu’on ne cessât le procès et qu’on ne laissât en liberté tous ces criminels, les ont fait déporter à Malte dans un bateau spécial [51].»

Le préfet d’Alep, Mustafa Abdulhalik (Renda) Bey, a été déporté le 7 juin 1920 à Malte, et son numéro d’exilé était 2.800 [52].

Les pays de l’Entente avaient consacré, en outre, les articles 226 à 230 du traité de Sèvres du 10 août 1920, qu’ils avaient imposé au gouvernement ottoman, à la traduction en justice des «criminels de guerre ottomans», y compris «ceux qui étaient tenus responsables des événements arméniens».

Certains Turcs étaient détenus et exilés à Malte, mais la question de savoir comment et de quoi ils seraient accusés avait fait naître de graves hésitations.

Le Haut - Commissariat britannique à Istanbul avait envoyé à Londres, le 16 mars 1921, les «preuves de 1’accusation», qui consistaient essentiellement en des rapports du patriarcat arménien, des dépositions de «témoins» arméniens, des publications de journaux opposés au comité Union et Progrès [53] et des allégations d’officiers anglais [54].

Le haut-commissaire Rumbold s’était cru obligé de déclarer, dans une lettre jointe aux «preuves de l’accusation», que le «patriarcat arménien était la principale source pour obtenir des renseignements» [55].

Ces «preuves», jugées insuffisantes par les autorités judiciaires britanniques, avaient inspiré une profonde inquiétude au Foreign Office et au Haut Commissariat à Istanbul. Dans cette ville, et dans les régions de l’Anatolie sous leur occupation, les Britanniques avaient tenté par tous les moyens, y compris le recours à la violence, de rassembler des «preuves»; ils s’étaient également saisis des archives ottomanes. Mais ils n’avaient pas pu trouver, malgré le zèle du gouvernement du sultan, qui collaborait avec les forces d’occupation à Istanbul, de «preuves» réelles pour juger les déportés.

Ils s’étaient alors tournés vers les Etats-Unis, qui avaient maintenu leurs relations diplomatiques avec l’Etat ottoman et obtenu des Ottomans la permission d’intervenir en Anatolie par le biais de leurs missionnaires et de leurs sociétés de bienfaisance. Les Britanniques espéraient découvrir ces fameuses «preuves»dans les archives américaines.

Lord Curzon, ministre des Affaires étrangères britannique, dans un télé gramme chiffré adressé à Sir A. Geddes, ambassadeur de Grande - Bretagne à Washington, le 31 mars 1921, avait demandé de «chercher à savoir s’il se trouvait des preuves utiles à l’instruction en possession du gouvernement américain» [56].

Voici le texte de la réponse de l’ambassadeur Geddes (télégramme chiffré du 1er juin 1921):

«J’ai fait plusieurs démarches auprès du Département d’État. D’après ce qui m’a été annoncé aujourd’hui, il y a plusieurs documents relatifs à la déportation et au massacre des Arméniens en possession des Américains, mais ces documents concernent plutôt les formes du délit que les personnes impliquées dans les événements. Si le gouvernement de Sa Majesté le désire, des documents seront mis à la disposition de notre ambassade, à condition de ne pas en indiquer les sources.

«D’après Ce qui se dit, je doute que des documents soient utiles à l’instruction des Turcs détenus à Malte [57].»

Malgré cette réponse, le Foreign Office avait insisté, dans un texte envoyé le 16 juin 1921 à l’ambassadeur Geddes: «En réponse à votre télégramme du 1er juin, numéroté 374, j‘envoie à votre intention, ci-joint, les listes de noms et les curriculum vitae des Turcs détenus à Malte avant d’être jugés pour les atrocités commises contre les Arméniens et les autres chrétiens autochtones. Je serais heureux si VOUS pouviez obtenir le plus tôt possible des preuves auprès du gouvernement américain contre l’une de ces personnes [58].»

La réponse à ce texte, signée par le chargé d’affaires de l’ambassade britannique à Washington, R.C. Craigie, arrive le 13 juillet 1921:

«Lord, En me référant à votre message (E 6311/132/44) du 16 juin 1921, numéro 775, j’ai l’honneur de vous annoncer que l’un de mes collègues a rendu visite hier, le 12 juillet, au Département d’Etat au sujet de Turcs actuellement détenus à Malte avant de passer en jugement pour le massacre arménien. Il eut l’autorisation de voir les rapports de consuls américains concernant les atrocités commises en Arménie au cours de la dernière guerre. Ces rapports avaient été sélectionnés parmi des centaines d’autres dans le but d’être le plus utiles au gouvernement de Sa Majesté.

«J’ai le regret de vous dire que rien n’a pu être trouvé dans ces documents qui soit de nature à être utilisé comme preuve contre les Turcs détenus à Malte. Dans les rapports examinés, bien qu’il soit question d’atrocités commises, on n’a Pu relever que les noms de deux personnes parmi les fonctionnaires turcs en question, Sabit Bey et Süleyman Faik Pacha, encore que ce qu’il y est écrit représente plutôt la pensée propre de son auteur et qu’il n’en ressort aucun fait concret qui puisse constituer une preuve suffisante de délit.
 
J’ai l’honneur d’ajouter que les autorités du Département d’État ont souhaité, au cours de l’entretien, qu’aucun des renseignements qu’ils donneront ne soit utilisé devant un quelconque tribunal civil.

Devant cette situation, et comme aucune preuve, même de nature à être utilisée pour confirmer les renseignements dont le gouvernement de Sa Majesté dispose déjà contre ces Turcs, ne ressort des rapports du Département d’Etat, j‘ai bien peur qu’une démarche auprès du gouvernement américain pour faire ouvrir une nouvelle enquête à cet égard ne puisse apporter quelque résultat que ce soit. Je regrette que le Département d’Etat ne puisse trouver aucune issue pour éclaircir la situation dans un proche avenir.

R.C. Craigie [59].»

Il ne faut pas perdre de vue que la presque totalité de des rapports étaient constitués de renseignements et de rumeurs provenant des Arméniens.

Comme on le voit, pas plus dans les archives des Etats-Unis qu’ailleurs les «preuves» que les Anglais cherchaient contre les déportés de Malte n’avaient pu être trouvées. Le Foreign Office, malgré tout, pour faire condamner les 42 personnes, dont le préfet d’Alep Mustafa Abdulhalik Bey, «responsables des événements arméniens», avait tenté d’influencer le procureur général en avançant la raison d’Etat et les «importantes nécessités politiques»; le procureur général n’en avait pas moins persisté, à juste titre, à refuser de condamner qui que ce fût sur la base des «preuves» qu’il possédait et il en avait averti le Foreign Office par une lettre du 29 juillet 1921 [60].

La propagande étant battue par le droit, la question des «responsables turcs des événements arméniens» fut ainsi close et les déportés de Malte furent tous libérés.

L’un des 17 exilés rentrés de Make en Turquie, à Inebolu, le 1er novembre 1921, à bord du Chrysanthemum fut Mustafa Abdulhalik Bey [61].

Mustafa Abdulhalik Bey, avec certains autres déportés, s’était adressé en 1927 au tribunal d’arbitrage turco - britannique constitué dans le cadre du traité de Lausanne du 24 juillet 1923 pour intenter un procès au gouvernement britannique afin d’être indemnisé pour les injustices qu’il avait subies. Mais, le tribunal ayant déclaré son incompétence, le procès n’avait pas eu lieu [62].

Le livre d’Andonian a été publié en Grande-Bretagne et en France en 1920. Cette parution, avec celle des «documents» prétendus «authentiques», est arrivée juste au moment où les Britanniques cherchaient partout des preuves contre les déportés de Malte, fouillant les archives turques aussi bien que celles des Etats-Unis d’Amérique. Il aurait suffi de quelques -uns seulement de des «documents» pour faire condamner nombre des prétendus responsables des «événements arméniens», entre autres Mustafa Abdulhalik Bey. Pourquoi donc les Britanniques n’ont-ils pas accordé crédit à ces «documents» et cherché à les utiliser contre les déportés de Malte? La réponse à cette question est simple: les Britanniques savaient que les «documents» étaient des faux et qu’ils avaient été fabriqués par les milieux arméniens. Ces faux documents préparés soit par Andonian soit pan le Bureau gréco -arménien d’Istanbul ne valaient plus rien. C’en était fini de la légende des «Turcs responsables des événements arméniens»et du «massacre arménien».

Quelques-uns des faux documents d’Andonian ont été publiés dans un numéro daté du 29 mal 1922 du journal anglais Daily Telegraph sous le titre «Les atrocités turques en Asie Mineure», accompagnés d’un article sans signature et sans indication de source. L’article commençait par:

«Le massacre des Arméniens constitue la preuve la plus concrète de la mentalité funeste et impitoyable des modernes Jeunes - Turcs qui agissent actuelle ment sous le masque du kémalisme.»

Il est évident qu’une telle présentation du sujet visait pour le moins à discréditer le mouvement d’indépendance turque qui luttait contre les forces d’occupation, y compris contre les Britanniques. C’était au moment où les forces turques se préparaient à porter, en Anatolie, le dernier coup contre les envahisseurs.

Le Foreign Office, qui fit une enquête pour savoir où le Daily Telegraph s’était procuré ces informations, découvrit que «le correspondant du journal tenait les documents d’une publication officielle arménienne réalisée par David Beg à Paris en 1920» [63].

Ainsi, on retrouve là encore le livre d’Andonian.
On se souviendra, en se rapportant au premier chapitre, que e’est David Beg qui avait écrit le chapitre intitulé «Note du traducteur» dans l’édition française du livre d’Andonian.




[1] «Justicier du génocide...», p. 233-234.
[2] Andonian: «Documents officiels... », p. 14.
[3] Jusqu’en 1900, le chiffre des jours à ajouter est de 12.
[4] Andonian: «Documents officiels... », p. 86.
[5] Ibid., p. 94.
[6] Ibid., pp. 149.150.
[7] Ce sujet est très largement traité dans le livre intitulé «Le dossier arménien» (Türk tarih kurumu, Ankara, 1983, pp. 193-211), de M. Kâmuran Gürün. Ce livre, fondé sur des documents provenant des archives des pays concernés, y compris la France, a aussi paru à Paris, en 1984.
[8] Archives des Affaires étrangères de France, Levant (1918-1929), Arménie, vol. 1, folios 294-295.
[9] Andonian : <<, pp. 96-98.
[10] Ibid., pp. 95-96.
[11] << Justicier du génocide… >>, p. 233.
[12] Ibid., p. 234.
[13] Andonian : <<, pp. 104-405.
[14] Ibid., p. 99.
[15] Ibid., p. 99.
[16] Ibid., p. 100.
[17] Ibid., p. 22.
[18] Ibid., p. 21.
[19] Ibid., p. 100.
[20] Ibid., p. 6.
[21] Andonian: <<, p. 103; Andonian: << The Memoirs…>>, p. 54.
[22] Andonian: <<, p. 106; Andonian: << The Memoirs…>>, p. 54.
[23] Andonian: <<, p. 6; Andonian: << The Memoirs…>>, pp. 52-53.
[24] Andonian: « Documents officiels... », p. 109.
[25] Ibid., p. 110.
[26] Ibid., p. 118.
[27] Ibid., pp. 116-117.
[28] Ibid., p. 117; Andonian: «The Memoirs... », p. 58.
[29] Ibid., p. 124.
[30] Ibid., p. 122.
[31] Ibid., pp. 120-121.
[32] Ibid., pp. 122-123.
[33] Ibid., p. 111; Andonian: << The Memoirs…>>, p. 55.
[34] Andonian: <<, p. 123.
[35] Ibid., pp. 126-127.
[36] Ibid., p. 130.
[37] Ibid., p. 7. ; Andonian: «The Memoirs... », p. 61.
[38] Andonian: << The Memoirs…>>, pp. 62-63.
[39] Andonian: <<, p. 139.
[40] Ibid., p. 106; Andonian: << The Memoirs…>>, p. 54.
[41] Ibid., p. 112; Andonian: << The Memoirs…>>, p. 55.
[42] Ibid., p. 143.
[43] Kâmuran Gürün: «Ermeni Dosyas?», Türk tarih kurumu, Ankara, 1983, pp. 221-222; «Le dossier arménien», Triangle, pp. 258-259.
[44] Andonian: <<, p. 146.
[45] Ibid., p. 152.
[46] Ibid., pp. 157-158; Andonian: «The Memoirs... », pp. 66-67.
[47] Ibid., p. 157.
[48] Ibid., p. 154.
[49] Ibid., pp. 154-155.
[50] Gérard Chaliand et Yves Ternon: «Le génocide des Arméniens», éditions Complexe, 1980, Bruxelles, p. 136.
[51] Andonian: «Documents officiels... », p. 167.

[52] ?im?ir, Bilâl N. Malta Sürgünleri, Milliyet yayinlari, Istanbul, avril 1976, p. 223.
[53] L’un de ces journaux est Sabah (le Matin). On a déjà précisé qu’Andonian avait écrit que le journal Sabah appartenait à un Arménien du nom de Mihran Bey.
[54] ?im?ir; op. cit.; pp. 270-271.
[55] Ibid., p. 274.
[56] Ibid., pp. 276-277.
[57] Archives du Foreign Office 371/6503/E 6311, télégramme chiffré no 374 du 1er juin 1921.
[58] Ibid., 6311/132/44.
[59] Ibid., 371/6504/E 8519, 13 juillet 1921, no 722.
[60] Ibid., 371/6504/E 8745.
[61] Simsir; op. cit.; p. 460.
[62] Ibid., p. 461.
[63] Archives du Foreign Office, 371/7874/E 5516.

 

 

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- Les Telegrammes de Talât Pacha
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